mardi 17 octobre 2017

Catalogue de l'exposition de Lausanne

En décembre 1977, à Lausanne, "C" comme Céline, un montage de textes de Jean-Philippe Guerlais était joué par Orbe-Théâtre et Athanor-Group. 
Parallèlement, une exposition consacrée à la vie de Céline avait lieu au musée de l'Ancien évêché de la ville. 
Les documents présentés venaient principalement de la collection de François Gibault et des archives du fonds Céline de l'université Paris VII, fonds créé à partir de documents déposés par Jean-Pierre Dauphin. 
Un catalogue de l'exposition tiré à 2000 exemplaires était proposé par Edita SA.


vendredi 15 septembre 2017

Céline dans le Journal de Michel Leiris commenté par Jean-Paul Louis

Céline dans le Journal de Michel Leiris commenté par Jean-Paul Louis, 

extrait de : Le Lérot rêveur n°56 novembre 1992

« Cette latrine » (Baudelaire à propos de George Sand.)

Dans le Journal qu'il a tenu pendant 67 ans, Michel Leiris ne cite qu'une seule fois Céline, alors qu'il a déjà lui-même 77 ans. C'est le moment qu'il choisit pour coucher cette liste de justice :
« Salauds de génie :
Daniel De Foe (pamphlétaire à gages),
Alfred de Vigny (indicateur de police selon Guillemin [sic]J,
Richard Wagner (raciste),
Louis-Ferdinand Céline (antisémite). »



Vingt ans plus tôt, en 1957, Miçhel Leiris déprimé savant et désoeuvré artiste se suicidait aux médicaments. En 1932, il faisait un long voyage en Afrique. En 1937, juillet, il note: «Psychose de guerre: d'abord, la peur qu'il y ait la guerre; puis, l'Idée qu'il y aura nécessairement la guerre. A dater de ce moment, l'on peut souhaiter qu'elle vienne tout de suite. » 
Et le 13 décembre, il dresse l'ironique «palmarès de ma génération» (d'anciens surréalos, suicidés ou fous). Dans sa vie, il se passe encore qu'en juin 1945, Simone de Beauvoir s'étant bourré la gueule au cours d'un cocktail chez Gallimard, il lui « tient le front pour l'aider à vomir». En 1961, il accepte après quelques coquetteries de se faire interviewer pour L'Express, par Madeleine Chapsal.
Je me demande ce que Michel Leiris a pu lire, ingérer et transformer (tel est le métier littéraire) de Céline pour en arriver à cette unique mention d'un écrivain qui lui est si supérieur. A noter la volonté sans doute inconsciente de nuire, l'insinuation menaçante, lourde et sournoise, du rapprochement opéré: «pamphlétaire à gages» qui inaugure la liste ne devrait-il pas aussi s'appliquer à Céline, qui la clôt ?C'était du reste le pauvre argument de Sartre, à une époque où Leiris était très proche des Temps modernes.
La confection de la liste, qui prétend s'étonner de l'alliage possible de deux valeurs aussi incertaines, n 'existe que pour montrer que son auteur ne saurait y être inscrit. Elle ne peut cependant avoir réel début ni fin. La forme est à la fois ouverte et fermement structurée, avec le martellement des parenthèses à la suite de chaque nom comme tiré d'un paquet de cartes - très vieux souvenir à rapprocher: la reproduction dans les livres d'histoire de France, des feuilles de vote des députés de 1792, dont chaque nom ou presque est sombrement suivi de la mention « la mort» - et fait conclure provisoirement à l'esprit d'un pion méthodique et retors. 
C'est pourtant plus compliqué. Après avoir eu une aventure avec une Martiniquaise, Michel Leiris s'avoue à moitié que c'était seulement pour se taper une négresse. Mince alors d'ethnologue! Il est tourmenté par le « racisme ». Mais sa répulsion (la seule véritable qu'il se connaisse) n'est pas si clairement établie. S'il est attiré par la différence, et notamment par la race noire, il ajoute qu'il a une « espèce d'éloignement» pour la jaune. Il se trouve une « sorte de raciste retourné ». A ce genre de formules, on comprend que son Journal a été écrit, non pour être publié, mais comme s'il pouvait arriver qu'il le fût.
Et la race animale ? Le 6 août 1946, il assiste à une « corrida très émouvante», à Bayonne. L'adorateur du cornu pratique le glissement de genre pour caractériser un taureau laid et sans valeur: « une espèce de grande vilaine vache roussâtre »
Michel Leiris, son Journal en témoigne, a conservé du surréalisme l'art de la juxtaposition des phrases, ou des morceaux de discours qui se mangent la queue, et celui de raconter ses rêves nocturnes de manière impressionnante. Mais le grand style ? Tout le monde n'est pas Céline, pour déconner de racisme à plein poumon, ni Baudelaire pour cracher le fiel d'une misogynie renversante.
J.P.L.

Michel Leiris, JournaI 1922-1989, Gallimard, 1992, 960 p.

dimanche 6 août 2017

Revue des deux mondes de mai 2017 : retour sur une polémique

Bonne nouvelle ! Céline fait encore vendre ! Sinon comment justifier la couverture accrocheuse de La Revue des deux mondes de mai 2017 après avoir lu les deux misérables articles qui sont consacrés à l’écrivain génial que l’on aime haïr.

 La une accrocheuse de La Revue des deux mondes de mai 2017
Dans son édito, Valérie Toranian tente de raccrocher la polémique provoquée par le pavé targuievien — somme toute très superficielle car il y aura toujours un fossé entre les amoureux de littérature et les idéologues de la bien-pensance —, de raccrocher la « polémique »  donc, au thème de la revue, « Comment aborder l’écrivain face au pouvoir » écrit-elle « sans revenir encore et toujours à Céline. » La question est curieuse quand il s’agit de Céline. À quel pouvoir a-t-il été confronté ? De même, il est difficile d’écrire sans sourire qu’il a souffert de la censure (du moins de son vivant). Jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, son antisémitisme viscéral était partagé par un large lectorat qui faisait de ses pamphlets des succès commerciaux dont son éditeur a largement profité. Ses grands romans de l’après-guerre (que beaucoup considèrent comme ses meilleurs) ont assez facilement trouvé une place qu’ils n’ont plus quittée parmi les classiques du XXe siècle.
Les deux articles consacrés à la polémique sont très brouillons, écrits avec les pieds, sans doute trop vite. Ils ont été choisis pour prendre position entre des avis pas si opposés que cela et laisser à la revue le beau rôle de l’objectivité. Par chance, il n’a pas été fait appel à ce gugusse de Charles Dantzig (membre du comité de rédaction) pour intervenir dans le débat. Vous savez, Dantzig, ce producteur de France Culture qui ne manque pas, pour essayer de se faire un nom, une occasion de dire ou d’écrire que Céline n’est même pas un bon écrivain (comme si dans le cas contraire, cela aurait justifier son antisémitisme !).
Pour résumer les deux articles qui nous concernent, le mieux est de redonner la main à La directrice de la rédaction.
« Pour Stéphane Guéguan (conservateur au musée d’Orsay, Faut-il brûler Céline ?) aucune preuve irréfutable n’est apportée à la thèse du propagandiste stipendié et de la taupe nazie, et encore moins à l’hypothèse qu’il ait appris, dès 1942, et approuvé la solution finale. […] Cette sempiternelle chasse aux sorcières empêche d’admettre la part d’autonomie, de liberté imprescriptible, de la création artistique.
Pour Sébastien Lapaque (journaliste et écrivain, Avertissement aux célinomanes), en revanche, l’auteur de Bagatelles pour un massacre et de L’Ecole des cadavres, […] ne fut ni un pétainiste, ni un fasciste. Il fut pire que cela : un raciste hygiéniste et eugéniste pro-nazi. D’où son mépris pour la collaboration parisienne, qu’il suspectait de boy-scoutisme et de masturbation idéologique. »
Bien sûr, il y a aussi dans ce numéro de La Revue des deux mondes, un petit inédit de Céline (Le Secret d’Etat), une curiosité présentée par André Derval. C’est en fait une lettre de Norvège adressée à Roland Petit pour lui proposer un argument de ballet.
Tout cela était donc bien léger pour justifier la belle photo de « une » et mon achat.
Heureusement, poursuivant ma lecture, je suis tombé sur un article de Marion Dapsance intitulé Une éthique à géométrie variable, sous-titré L’étrange silence des bouddhistes français dans le débat sur l’avortement. Mais cela nous éloigne de notre sujet…


jeudi 3 août 2017

Céline en enfer par Philippe Sollers


Oublions tout ce qu'on a pu dire, et surtout médire, de Céline, plus que jamais l'ennemi public universel. Ouvrons simplement ces petits cahiers d'écolier danois, griffonnés au crayon, en 1946, par un prisonnier du quartier des condamnés à mort de Copenhague. La main qui écrit, pendant dix-huit mois, est obligée, dans des conditions effroyables, de se tenir au style télégraphique. C'est le malheur, l'épuisement, le vertige au bout de la nuit. Céline a voulu aller au diable ? Il y est. Il a traversé l'Allemagne en feu avec sa femme et son chat, il a été arrêté, il s'attend à être fusillé d'un moment à l'autre :
«Je titube bourdonne comme une mouche et puis je vois mille choses comme des mouches, mes idées se heurtent à un énorme chagrin.» «Je suis plein de musique et de fièvre.» «L'envie de mourir ne me quitte plus, c'est la seule douceur.» «Je suis fou.»





On peut détester Céline, il est, je crois, impossible de lire ces cahiers sans émotion. Ce n'est plus ici qu'un damné qui brûle, et qui, chose stupéfiante, ne sait pas pourquoi. «J'ai voulu empêcher la guerre, c'est tout. J'ai tout risqué. J'ai tout perdu.» Il n'est d'ailleurs pas accusé, à l'époque, d'antisémitisme criminel, mais de trahison, ce qui l'indigne, et lui fait citer, comble d'exotisme, le cardinal de Retz: «Une âme délicate et jalouse de la gloire a peine à souffrir de se voir ternir par les noms de rebelle, de factieux, de traître.»

Autour de lui, tout n'est que bruit, fureur, hurlements, douleur, et il regarde de temps en temps, au-dehors, la palissade où il s'attend à être collé pour son exécution. «Les moineaux, derniers amis du condamné, les mouettes au ciel, liberté.» «Les gardiens me font signe que je vais être expédié en France pour être fusillé. Ca m'est bien égal.» 




Ce qui l'inquiète surtout, c'est Lucette, sa danseuse. Elle maigrit, on lui a peut-être cassé «le rythme divin si fragile de la danse, le secret des choses». Il la voit danser dans le vent, «elle connaît le secret du vent». La main et le crayon tiennent bon, cependant, et la mémoire devient une hémorragie permanente: «Les souvenirs les plus petits sont les fibres de votre âme. S'ils se rompent, tout s'évanouit.»
L'épouvantable Céline avait-il du coeur? Hé oui, il faut s'y résoudre. Et il aggrave son cas: «L'effroyable danger d'avoir bon coeur: il n'est pas déplus horrible crime, plus implacablement traqué, minutieusement, qui n'est expié qu'avec cent mille douleurs.» Le coeur? Attention, il peut disparaître: «A partir du moment où vous passez sur un cadavre, un seul cadavre, tout est perdu, le charnier vous tient.» Phrase prodigieuse de lucidité, tracée à deux doigts de la mort. «Il faut raconter l'éparpillement d'une âme vers la mort par l'horreur et le chagrin.»


Bien entendu, Céline pense à sa stratégie de défense et aux livres qu'il écrira plus tard, les plus beaux: Féerie pour une autre fois, D'un château l'autre, Nord, Rigodon (il y a encore des arriérés qui veulent le limiter au Voyage.) Traître, lui? «J'aurais livré le Pas-de-Calais, la tour Eiffel, la rade de Toulon, je ne serais pas plus coupable.» Il n'a pas l'air de se rendre compte (comme le dit justement Sartre à propos de Genêt) que la société pardonne beaucoup plus facilement les mauvaises actions que les mauvaises paroles. Bagatelles, voilà le problème, et pour longtemps. Céline, lui, veut renverser l'accusation. Il n'est après tout qu'un persécuté, et il a, en cela, de glorieux prédécesseurs, exilés ou emprisonnés: Villon, Descartes, Voltaire, Chateaubriand, Hugo, Rimbaud, et bien d'autres. «La France, à toutes les époques, s'est toujours montrée féroce envers ses écrivains et poètes, elle les a toujours persécutés, traqués autant qu'elle pouvait.» Ainsi de Chateaubriand, qu'il appelle René, «enragé sentimental patriote passéiste comme moi. Il rêve la France, l'âme de la France, je l'ai rêvée aussi, moi, pauvre barbet misérable.»

Nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Céline, en 1944, a emporté des livres avec lui: La Fontaine (le plus grand d'après lui), Ronsard, Molière, La Bruyère, La Rochefoucauld, les «Historiens et Chroniqueurs du Moyen Age», et, évidemment, les Mémoires d'outre-tombe. Et voilà, mêlées à ses vertiges en cellule, des citations qui surgissent comme des bouées de sauvetage, maximes des increvables moralistes du XVIIe siècle, «cette petite civilisation, ces phrases brèves, ces bouffées d'étoiles». L'art de la citation, on ne le sait pas assez, est le plus difficile qui soit, et on peut rêver du livre que Céline, qui cache un Plutarque sous son lit, aurait pu composer dans cette dimension résurrectionnelle. Voici ce qu'il choisit de Talleyrand: «On dit toujours de moi trop de bien ou trop de mal. Je jouis des honneurs de l'exagération.» Ou de Mme Rolland: «Je ne dois mon procès qu'aux préventions, aux haines violentes qui se développent dans les grandes agitations, et s'exercent pour l'ordinaire contre ceux qui ont été en évidence, ou auxquels on reconnaît quelque caractère.» Ou encore ceci, dans Note de la censure à Louis XVI, en 1787: «Les gens gais ne sont pas dangereux, et les troubles des Etats, les conspirations, les assassinats ont été conçus, combinés et exécutés par des gens réservés, tristes et sournois.»

On oublie trop vite que Céline est un grand écrivain comique, parfois terrifiant, certes, mais profondément comique. Si vous en doutez encore, lisez ses Entretiens avec le Professeur Y, à mourir de rire, comme le meilleur Molière. Ce point est essentiel, il est médical. Le rire de Céline est aussi pointu et énorme que son expérience du délire et sa conviction du néant. «Tout fait musique dans ma tête, je pars en danse et en musique.» L'oreille immédiate voit tout à travers les grimaces, les cris, les bombardements, les incendies, la décomposition. C'est là qu'il rejoint Voltaire, rieur endiablé, que les dévots en tous genres ne pourront jamais supporter. Son persécuteur de l'ambassade de France à Copenhague, acharné à demander son extradition, c'est-à-dire sa mort (les Danois ont sauvé Céline), en saura quelque chose.

Le rire, mais aussi l'amour étrange, comme le prouvent les lettres magnifiques qu'il envoie à la pianiste Lucienne Delforge, sa maîtresse en 1935, «toi petit terrible secret, petite fée du cristal des airs». La musique, la danse, les femmes: le plus sensible et délicat Céline est là tout entier. «Sois heureuse autant que possible, selon ton rythme, tu verras, tout passe, tout s'arrange, rien n'est essentiel, tout se remplace, sauf le pauvre refuge où tout se transpose et s'oublie.» Et en juin 1939: «Je ne sais pas ce que je deviendrais si tu venais à ne plus jouer. Comment ne t'aimerais-je pas et mieux que personne, mon cher petit double.» Et aussi, juste avant la catastrophe: «Les jours en silex succèdent aux jours en caca. C'est la bonne vie de vache pour laquelle je suis fait. J'accumule les maléfices, je m'en servirai bien un jour.»

Philippe Sollers




Source: «Le Nouvel Observateur » du 16 octobre 2008.

dimanche 23 juillet 2017

Le paradis, c'est pire Sigmaringen ! Rencontre avec un Louis-Ferdinand Céline toujours aussi rageur

D A N S  L A  T Ê T E  I M A G I N A I R E
D E LOUIS-FERDINAND CÉLINE


LE PARADIS, C’EST PIRE QUE SIGMARINGEN !
Mort le 1er juillet 1961 à Meudon, Louis-Ferdinand Céline n’exerce logiquement plus ses activités médicales. Lorsque nous l’avons rencontré au paradis, il y a quelques semaines, il était installé en charentaises sur un rocking-chair planté sur un cumulonimbus. A ses côtés, sa mère, taiseuse, faisait de la dentelle tout en lançant la cuisson des nouilles…

Alors, monsieur Destouches, comment ça se passe, là-haut ?Oh, eh bien, voyez-vous, ce qui me manque le plus, c’est les bêtes. Le patron n’accepte pas les animaux. Demandez à Léautaud : pas un perroquet, pas un greffe, pas un cabot ! Vivre entouré d’hommes, c’est pas le paradis, c’est l’enfer ! Ça me rappelle Sigmaringen, en pire…

Vous avez retrouvé des amis ?
Ben, y a Gen Paul, toujours aussi lubrique et délirant hélas, et La Vigue (Robert Le Vigan, ndlr), qui se prend encore pour Jésus-Christ : un comble en ces lieux ! Heureusement qu’il y a Marcel (Aymé, ndlr). Je l’aime bien, lui, parce qu’il ne dit jamais rien… Il est encore plus sinistre que moi.

Et avec Proust, ça se passe comment ?
C’est toujours la même chose avec lui : il met une journée pour choisir une cravate, puis il en fait une phrase de 50 pages. L’autre jour, il est venu me voir pour me poser des questions sur mes points de suspension. « Retourne donc à tes chiffons, ça t’occupera ! » que je lui ai dit. Vexé, il est parti causer portes étroites avec Gide.

Vous avez croisé Sartre ?
L’agité du bocal, le ténia de mes étrons ? Il m’a vu et je lui ai chanté les premières mesures de ma composition Règlement : « Je te trouverai, charogne, un vilain soir ; je te ferai dans les mires deux grands trous noirs ! » Il m’a fixé avec ses chasses de caméléon puis a poulopé pour se réfugier dans le giron de sa mousmé Simone ! 
Je me suis adressé à ses fanatiques existentialisses, ceux qui sont pleins d’idées, qui me regardaient dans le genre haineux, et j’ai repris ma chanson : « Faut-il dire à ces potes que la fête est finie ? » Personne n’a moufté. Je ne suis pas très populaire dans le coin, faut bien l’avouer…

Vous vous occupez comment ?C’est-à-dire que, n’est-ce pas, tout le monde se conduit comme en bas : ils s’abrutissent d’alcool et de nourritures lourdes. Et encore, ils n’ont pas l’auto ! J’essaye de voir des ballets, mais faut que je trouve des danseuses qui sont crevées bien jeunes, parce que voir des vioques danser Casse-Noisette en tutu, merci bien !

Vous regardez un peu ce qui se passe en bas ?J’observe ma Lucette, bien sûr ! Et je constate les changements : j’avais bien dit que lorsque les Chinois arriveraient à Cognac, ils y prendraient goût et iraient plus au nord. Mais je n’avais pas prévu les Africains que j’ai bien connus dans ma jeunesse ! Vous allez bientôt bouffer du mafé à La Tour d’Argent, croyez-moi. Prévoyez de la quinine ! « Youp ! Profundis ! Yop ! Te Deum ! » Vous connaissez mon autre chanson, A noeud coulant ? J’y résume la civilisation : « Grosse bataille, petit butin ! »

Et votre héritage littéraire ?Je me suis déjà exprimé à ce sujet : « Celui qui parle de l’avenir est un coquin, c’est l’actuel qui compte. Parler de sa postérité, c’est s’adresser aux asticots ! »

Que vous a dit saint Pierre lorsque vous êtes arrivé ?Le pauvre a voulu me prévenir : « Je dois vous avertir, Céline, ou puis-je vous appeler Louis ? Ils sont lourds ! » Je lui ai répondu : « Ça fait longtemps que je suis au courant, mon pote ! »



PROPOS MIRACULEUSEMENT RECUEILLIS PAR NICOLAS UNGEMUTH

Les romans et la correspondance générale de Céline sont disponibles en Pléiade (Gallimard).
A lire également : Le Paris de Céline de David Alliot (Editions Alexandrines).

LE FIGARO MAGAZINE - 21 JUILLET 2017