La cour des mises (Concile des mises) En fait, la chambre des mises en accusation…
« Arlette pourrait un peu m'aider ! pauvre lyrique moi, flûte comique ! Comment ce siècle m'a traité ! J'ai le temps de repenser à Jules mais si je vous disais tout sur lui la Cour des Mises profiterait, elle me retournerait mon sablier.
– On est déjà aux nuages nous autres ! la Butte va sauter ! tout est miné !... Des Batignolles à Dufayel ! Je vous rapporte les paroles de Jules...
Il savait tout... prévoyait tout... il avait des relations terribles... la Cour des Mises à sa botte ! Un mot du Jules ils me font sortir... là même à présent... là d'où je suis !... renvoyent la brouette !... à dix, à quinze, ils me rebahutent !... plus loin qu'Achères ! ou ils me font écraser la tête !
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| Gen Paul à la trompette dans son atelier / Le Trompettiste de jazz |
« Tout ça c'est des bonnes histoires mais personne veut là me remplacer, au fond du trou !... s'ils me laissent crever les admireurs !... chansons, pas chansons !... Tous d'accord !... Cul en pus, aveugle et sourd !... haineux, enthousiastes, ennemis, kif ! la Corrida c'est tout ce qu'ils veulent !... le traître pourvoyeur de poteau, le Judas en chef : moi !... J'ai vu tous leurs crocs dehors ! ennemis, gueules d'hallali ! mufles à curée ! les vicieuses le crac en sang de jouir ! J'ai vu tout ça ! La preuve encore : la Cour des Mises ! jeudi dernier ! Je veux qu'on grave leurs noms ceux-là, en or ! en plein granit de Sainte Chapelle ! pour l'enseignement des benêts cons trop généreux trop chauds trop francs, pour la preuve ce qui leur arrivera n'importe quelle époque quand ils voleront au canon, au clairon, au sacrifice !... Une autre pierre encore là, gravée, je veux, pour ceux qu'auront vendu des Odes des deux côtés, qu'auront eu sur leurs genoux toute la Cour Ultime... Ça c'est de l'enseignement historique ! Ça c'est du tourisme pas perdu !... comment elle traite les volontaires, les engagés des deux guerres qu'ont cent fois sauté au feu pour que la putaine de Patrie resplendisse autre chose que de braderies, foires à cocus, bals des petits lits ! Ah, soixante-quinze pour cent héros, si elle va vous casser le bon cœur la Cour Ultime ! votre Amnistie torche-chose ! Sitôt que le clairon appelle les mutilés des deux guerres, les soixante-quinze pour cent de 14 ! si c'est la rigolade des marles ! la grande jouissance des Constructeurs ! Ils en disent rien dans le Digest ! mais moi qui durerai plus que tout je les ferai inscrire en or dans le marbre ! Admirateurs, gogos, haineux ! personne veut me remplacer au gniouf ! Ils me laissent bien crever ! Tous d'accord ! Cul en pus, plus de dents, aveugle, sourd ! la Corrida c'est tout ce qu'ils veulent ! Le traître pourvoyeur de poteaux, le Judas en chef empalé et puis lacéré très menu ! Ils avoueront pas, trop lâches ! Je veux leurs noms leurs promotions leurs grades de sadiques, leurs sécurités, leurs tantièmes, tout en lettres d'or, en plein granit, en Sainte Chapelle ! Comment ils traitent les héros, quelle haine ils y mettent ! quelle vengeance ! Eux tout couverts de rentes et d'or ! Le faible les excite ! Ils veulent qu'il hurle ! J'hurle ! Je râle ! faible ! J'hurlerai dans la Sainte Chapelle ! Martin Ciboire hurle pas lui ! il touche tous ses jetons Gram et Brôme sans hurler ! Il livre des moteurs sans hurler, il éprouve aucune petite honte ! que des orgueils ! La Cour Ultime non plus chique pas, elle fait rouer les héros de 14 sans sourciller ! Ceux qu'ont ramassé des milliards dans l'Occupation hurlent pas ! Ils attendent l'autre guerre la prochaine ! Ils ont eu des pelisses en chinchilla ! déjà ! Ils se regardent le fond du rectum, ils se réunissent en clubs exprès, pour se comparer les bourrelets ! « Vous saignez-t-y ? Vous saignez pas ? » Tout est prêt pour la prochaine guerre ! Leurs relations, leurs mandats, leurs députés salariés, leurs arrêts en blanc d'Haute Cour ! Leurs hélicoptères ! Leurs Odes ! Ils siègent, ils gagnent, ils condamnent. Ils m'ont tout pris moi ! ma chemise ! ma peau ! mes années !... ma virilité ! je bande plus !... tout est parti à la pellagre !
– Tu paieras pour tous ! qu'ils ont dit !
« L'immonde Céline ! le plus fumier numéro boche rêvable croyable ! la preuve comme ils sont montés Arlette, moi, à peine partis, le 22 mars, la grande Brigade épuratrice ! Ils ont chassé ma mère aveugle, ils ont tout cambriolé, brûlé dix-sept manuscrits, ils ont vendu les draps aux « Puces », ils savaient pas pour Guignol's band... Krogold non plus... ni Casse-Pipe... Ils en ont mis au garde-meubles mais comme ils ont rien pu payer ça s'est vendu Salle Drouot catimini. Ah je suis au courant des micmacs... Y a des familles d'Épurateurs qui sont encore plein de mes bibelots !... Je peux pas dire au Concile des Mises : Vous protégez les pirates !... Il me fouterait une autre amende : calomniateur, etc. moi qu'ai encore tant à payer ! à deux, trois, quatre Républiques ! Je me rachèterais jamais un lit-cage !...
« J’ai tellement de choses à raconter qu'il faudrait que je vive cent vingt ans, arrête pas d'écrire, pour vous faire connaître les prémisses... deux cents ans pour bien entamer... et vous comprendriez pas tout !... Concile des Mises m'arrêterait m'incarcérerait aux Citadelles me ferait garrotter éventrer... même là ici sur sol baltave !... J'y couperais pas !
« J’ai écrit tout ce qu'il fallait, j'ai donné tout ce que je pouvais ! jeunesse, sang, povoîmes ! plus que tous les cafés pédés ! que tous les théâtres godes et miel ! que toutes les gazettes pile et face ! que les Cours qui me hachent me crèvent ! qu'attendent l'autre guerre pour jouir à fond que les « Constructeurs » les reprennent ! Ah, vite le cancer ! que le cancer leur mange le rectum, les poumons, la langue, le pharynx ! Dieu m'écoute que je regarde en face ! J'y ai pas encore dit : Vas-y ! Toute cette clique pourtant juge, condamne, vole les meubles, les appartements ! la preuve ! J'ai plus de peau ! J'ai plus de chemises ! J'ai plus de dents ! mais j'ai des petits airs en mémoire ma mère !
« C’est le crime les hommes d'à présent ! L'heure d'aujourd'hui la Bastille ils la laisseraient debout, ils y enfermeraient tous les impurs, enchaînés comme ! tous les écrivains tête de lard, au boulot ! sous knout ! vingt chefs-d'œuvre par jour ! et dans la ligne et anonymes ! Ça somnolerait pas ! Les mises en donjon, maison, clac « 89 » ! Oh ils y pensent !... C'est peut-être fait... Là où je suis, le flic qui me mate c'est le plouc total ! Ah, pas à lire mon manuscrit ! la brute baltave ! le matin il me rapporte la liasse, il me la jette à travers la tête... si ça voltige ! il se marre de me voir à quatre pattes... il me fait signe qu'il va me fusiller... ils me font tous pareil... c'est leurs journaux, mes photos, mes forfaits avec cent détails... Je suis celui qu'a vendu le Plan « Dache », la forteresse d'Ouque, le Pas-de-Calais, la tour Eiffel... et les arrière-pensées de Gamelin...

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