Affichage des articles dont le libellé est Cinéma. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Cinéma. Afficher tous les articles

samedi 27 octobre 2018

Les ténèbres (Die Finsternis), film documentaire allemand de Thomas Tielsch (2004)

Les ténèbres (Die Finsternis)
film documentaire allemand de Thomas Tielsch (2004)
Sur Youtube



En septembre 1944, un étrange convoi part du sud de la France vers l'Est. Avec ses camions chargés de dossiers, ses voitures remplies de ministres et une milice de 500 hommes, c'est tout le gouvernement français de Vichy dirigé par le maréchal Pétain qui est évacué vers le Reich allemand. Sa destination : Sigmaringen. Le château des Hohenzollern devient le siège du gouvernement français. Un État sans territoire, flanqué des ambassades allemande, japonaise et italienne, peuplé de plus d'un millier de collaborateurs de premier plan et de leurs familles. Mais tandis que le château est régi par un gouvernement d'opérette, les quartiers surpeuplés de la ville sont dominés par un enfer de maladie, de froid, de faim et d'attaques à basse altitude. À la gare, les blessés sont déchargés la nuit des trains vers l'hôpital. 
Les collaborateurs français restent dans ce lieu sombre jusqu'en avril 1945. Parmi eux se trouve le médecin et écrivain Louis-Ferdinand Céline, qui a acquis une renommée mondiale en 1932 avec son premier roman Voyage au bout de la nuit et s’est ensuite compromis avec des pamphlets antisémites. Il a décrit l'époque de Sigmaringen dans son livre D'un château l'autre". Mais «Céline n'est pas la réalité, mais l'hallucination qui les cause», écrit André Gide à propos du roman.
Le film "Les ténèbres" de Thomas Tielsch utilise du matériel documentaire et est basé sur le roman de Louis Ferdinand Céline.

Im September 1944 macht sich ein seltsamer Tross auf den Weg von Südfrankreich in Richtung Osten: Mit Lkws voller Akten, Autos voller Minister und 500 Mann Miliz wird die komplette französische Vichy-Regierung unter Marschall Pétain in das Deutsche Reich evakuiert. Ihr Ziel ist Sigmaringen. Das dortige Stammschloss der Hohenzollern wird zum eigenartigen französischen Regierungssitz der Kollaborateure. Ein Staat ohne Territorium, flankiert von deutschen, japanischen und italienischen Botschaften, bevölkert von über tausend prominenten Kollaborateuren und deren Familien. Doch während im Schloss eine Operettenregierung waltet, herrscht in den überfüllten Quartieren der Kleinstadt ein Inferno aus Krankheit, Kälte, Hunger und Tieffliegerangriffen. Am Bahnhof werden nachts schwer Verwundete aus den Lazarettzügen abgeladen.
Die französischen Kollaborateure bleiben bis zum April 1945 an diesem finsteren Ort. Unter ihnen ist der Arzt und Schriftsteller Louis-Ferdinand Céline, der 1932 mit seinem ersten Roman "Reise ans Ende der Nacht" Weltruhm erlangt hat und sich später mit antisemitischen Pamphleten kompromittierte. Er hat die Zeit in Sigmaringen in seinem Buch "Von einem Schloss zum andern" beschrieben. Doch "Céline bildet nicht die Wirklichkeit ab, sondern die Halluzination, die sie hervorruft", schreibt André Gide über den Roman.
Die Verfilmung "Die Finsternis" verwendet dokumentarisches Material und basiert auf Louis Ferdinand Célines Roman "Von einem Schloss zum andern".

samedi 26 mai 2018

Le Vigan par Céline dans Les Cahiers de la cinémathèque (de Perpignan)



Les Cahiers de la cinémathèque, dans leur numéro 8 (4e trimestre 1972) consacré au Cinéma de Vichy, laissait une place à Le Vigan par Céline. Cette rubrique intitulée Les romanciers et le cinéma est un montage de textes établi et présenté par Pierre Guibert à partir d'apparitions de l'acteur dans la "trilogie de l'exil" (D'un Château l'autre, Nord et Rigodon).
Les Cahiers de la cinémathèque, la plus ancienne revue française d'histoire du cinéma, d'abord animée en famille par Marcel Oms, était édité par Les Amis du cinéma de Perpignan et la Cinémathèque de Toulouse avant d'être reprise jusqu'à 2009 par l'Institut Jean-Vigo.






lundi 30 janvier 2017

Réponse de Jean Renoir à Céline / Renoir replies to Céline par/by Jean-Paul Morel

Renoir et Céline (photomontage Nouvel Obs 2012)


En 1938, Renoir répond à Céline dans le quotidien communiste Ce Soir (que dirigeait Aragon) où il tenait une rubrique hebdomadaire. Louis-Ferdinand Céline, en effet, venait de publier l’un de ses bestsellers, Bagatelles pour un massacre (réédité à deux reprises sous l’Occupation, plus réédité depuis lors), long pamphlet qui attribue aux Juifs la responsabilité de la guerre à venir (qui ne profitera qu’à eux) et stigmatise la complaisance à leur endroit dont seraient coupables de serviles « aryens ». Au cours de l’ouvrage, Céline s’en prenait à de nombreuses reprises au cinéma, « toujours si éminemment juif », et en particulier à La Grande Illusion de Renoir car, dans ce film, pour la première fois, le Juif Rosenthal – incarné par Marcel Dalio – est dépeint sous le jour positif d’un « supercapitaliste » aimant le peuple et non plus une victime. « Cette Grande Illusion nous célèbre donc le mariage du simple, fruste, petitement démerde ouvrier aryen, confiant tourlourou devenu monteur, avec le petit Juif, djibouk, milliardaire, visqueux Messie, demain tout naturellement Commissaire du Peuple, prédestiné. Tout ce qu’il faut pour réaliser le Soviet juif-ouvrier… ». 
L’argumentaire de Céline fera florès auprès de ses admirateurs et imitateurs, à commencer par Rebatet, suivi de Bardèche et Brasillach, mais sera curieusement omis par les nombreux commentateurs d’après-guerre et des années 1970 se demandant « si la Grande Illusion était un film antisémite ».

In 1938, Renoir replies to Céline in the Communist daily newspaper Ce Soir (edited by Aragon) where the filmmaker wrote a weekly column. Louis-Ferdinand Céline had just published one of his bestsellers, Bagatelles pour un massacre (reissued twice during the Occupation, and not republished since then). This lengthy pamphlet attributes to Jews the responsibility for the coming war (from which they will profit) and stigmatises those servile « Aryans » guilty of sympathy towards Jews. At several points in this work, Céline attacks the world of cinema, « always so eminently Jewish », and in particular Renoir’s La Grande Illusion, because in this film, for the first time, the Jew – played by Marcel Dalio – is portrayed in a positive light as a « supercapitalist » who loves the people rather than as a victim. « This Grande Illusion celebrates for us therefore the marriage of the simple, crude, small-time trickster of an Aryan worker, a cocky square-basher turned technician, with the little Jew, dibbuk, millionaire, slimy Messiah, tomorrow naturally Commissar of the People, as predestined. All that is required for the realisation of the Soviet Jew-worker... ». Céline’s argument proved popular among his admirers and imitators, starting with Rebatet, then Bardèche and Brasillach, but it has been curiously overlooked by numerous commentators in the post-war years who have discussed « whether la Grande Illusion was an anti-Semitic film ».

Dans Ce Soir, le jeudi 20 janvier 1938, 
sous le titre Publicité, l'article de Jean Renoir :

« Tous mes amis m’abordaient ces jours derniers avec de grandes claques dans le dos et des exclamations, de ce genre : « T’as vu le bouquin de Céline ? Qu’est-ce qu’il met à la Grande Illusion !... Avoue que c’est de la publicité et que tu es de mèche avec lui !... »
Assez intrigué, j’achetai le livre en question – 1 dollar – et je le mis, sans le lire, bien en vue dans ma bibliothèque. C’est gros, c’est riche, c’est flatteur, mais c’est aussi très ennuyeux. Au bout de quatre pages, on a compris. Un truc dans le genre de la pluie : monotone et régulier. M. Céline fait beaucoup penser à une dame qui aurait des difficultés périodiques ; ça lui fait mal au ventre, alors elle crie et elle accuse son mari. La force de ses hurlements et la verdeur de son langage amusent la première fois ; la deuxième fois, on bâille un peu ; les fois suivantes, on fiche le camp et on la laisse crier toute seule.
Cette fois-ci, ce n’est pas après son mari que notre Céline en a, mais bien après les Juifs. Voilà qui est tout à fait nouveau, original et inédit. Et j’allais renoncer à savoir ce que ce bavard racontait de mon film quand intervint un de ces événements rares, héroïques et décisifs qui changent la face de l’Histoire. Un camarade que j’aime bien et, qui m’aime bien, proposa de se sacrifier et de lire le livre tout entier.
Nous tentâmes d’abord de l’amener à renoncer à cette entreprise insensée. Il insista de telle façon que nous dûmes le laisser faire. La tentative eut lieu la nuit. Armé seulement de quelques bouteilles de whisky, de plusieurs flacons de kola, et d’un dictionnaire de la langue verte, il se lança à l’assaut de l’épais fatras sous nos regards admiratifs et étonnés.
Son héroïsme porta ses fruits, et le lendemain, nous savions ce qu’il en était. À dire vrai, nous fûmes déçus. À peu de chose près, Céline se contente d’affirmer que la Grande Illusion est une entreprise de propagande juive. La preuve, c’est que, dans ce film, j’ai osé montrer un vrai Juif, et en faire un personnage sympathique.
Mes camarades de travail étaient furieux. Non pas que nous jugions déshonorant d’être au service des Juifs plutôt qu’à celui de la Banque de France, des Italiens, des vidangeurs ou des entrepreneurs de pompes funèbres. Mais c’est que précisément, dans ce film, vous n’avions été au service de personne, et que (fait assez rare pour qu’eux et nous en soyons très fiers) nos commanditaires nous avaient simplement demandé d’essayer de faire un bon film. Et c’est ainsi que nous avions pu raconter tout bonnement nos souvenirs, tenter de montrer les choses telles qu’elles s’étaient passées, et c’est tout.
Donc, tous les copains de l’équipe du film n’étaient pas contents (il faut beaucoup de monde pour faire un film). Ils parlaient d’aller déculotter M. Céline et de le fesser en place publique. Nous eûmes vite fait d’abandonner ces vilains projets, indignes des honnêtes syndicalistes que nous sommes, et bons, tout au plus, pour des fascistes cagoulards. D’autant plus que le héros lecteur, qui nous avait mis au courant, nous apprit que nous n’étions pas les seuls dans le bain.
Au service de la juiverie, il y aurait, paraît-il, aussi des gens comme Cézanne, Racine et bien d’autres. Nous sommes donc en bonne compagnie... et de nous rengorger !
M. Céline n’aime pas Racine. Voilà qui est vraiment dommage pour Racine. Moi, je n’aime pas les imbéciles, et je ne crois pas que ce soit dommage pour M. Céline, car une seule opinion doit importer à ce Gaudissart de l’antisémitisme, c’est la sienne propre. »

Lire plus de commentaire sur https://1895.revues.org/4317#ftn1