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vendredi 28 juin 2019

«on ne devient pas antisémite en lisant Céline, c’est idiot de penser cela.» Jean Paul Louis, éditeur de L'Année Céline

«la question de la réédition des pamphlets 
n’est pas primordiale...»
Dans un Télérama Hors-Série de légende… (juin 2011)

Jean Paul Louis édite L’Année Céline, qui recense toutes les publications consacrées à l’écrivain. Pour lui, la question de la réédition des pamphlets n’est pas primordiale ...

C’est à Tusson, en Charente, que sont installées, depuis leur création, en 1982, les éditions du Lérot. Plus précisément, c’est la mention «libraire-éditeur et imprimeur de campagne» que Jean Paul Louis a inscrite sur sa carte de visite. Car, en plus de l’activité d’édition, où Céline occupe une place importante, voire centrale, Le Lérot est aussi une entreprise d’imprimerie en offset, spécialisée dans la fabrication de livres et doublée d’un atelier de brochage. Jean Paul Louis est par ailleurs auteur d’une thèse sur la correspondance de Céline, coresponsable avec Henri Godard de l’édition des Lettres de l’écrivain en Pléiade et de sa correspondance avec Marie Canavaggia (Lettres à Marie Canavaggia,1936-1960, éd. Gallimard).

Les éditions du Lérot ont-elles été créées autour de Céline, pour éditer Céline?
Quand ont été créées les éditions du Lérot, je travaillais déjà avec Henri Godard, qui a dirigé ma thèse, sur l’édition de la correspondance de Céline. Mais à ce moment-là et durant les premières années d’existence, Céline n’est pas particulièrement présent au catalogue. Quand on crée une maison d’édition, on ne sait pas précisément où on va, ça ne se passe pas comme ça, le catalogue évolue au fil du temps. La maison d’édition a commencé à publier les actes des colloques de la Société d’études céliniennes, tous
les deux ans. Mais c’est vraiment à partir de 1990 que le projet célinien a pris de l’ampleur. Avec la création de L’Année Céline, qui est une idée d’Henri Godard. Il s’agit d’un périodique annuel qui recense les travaux et les études consacrés à Céline — un vrai besoin, dans le cas d’un écrivain de son importance. Depuis vingt et un ans, la forme de L’Année Céline a peu évolué. Elle se présente comme un volume de 200 à 350 pages, en trois parties. La première rassemble des textes de Céline retrouvés au cours de l’année, essentiellement des lettres qui surgissent lors de ventes aux enchères ou de dispersion de collections privées. La deuxième partie est documentaire, elle rassemble des études autour de faits. Enfin, une troisième partie, plus universitaire, recense les travaux consacrés à l’écrivain et en donne des extraits. À quoi s’ajoute une bibliographie, afin de faire chaque année le point sur ce qui se publie. À côté de cela, nous avons publié également de petits volumes de textes de ou sur Céline, comme le volume de Préfaces et dédicaces (1987), le recueil 31, cité d’Antin (1988) ou l’attachant Céline de mes souvenirs, de Serge Perrault (1992). Et des études très fouillées comme le Relevé des sources et citations dans Bagatelles pour un massacre, d’Alice Kaplan, la thèse de Michaël Ferrier Céline et la chanson ou celle de Régis Tettamanzi sur Céline et «l’esthétique de l’outrance». Je publie ces ouvrages très spécialisés parce que je sais que personne d’autre ne le fera. Ce sont des volumes tirés à 500 exemplaires. Étant imprimeur, maîtrisant l’impression et le brochage, je peux revenir à des procédés techniques d’autrefois pour faire vraiment le nombre d’exemplaires que je souhaite.


Ce regard que vous posez sur les publications consacrées à Céline et l’intérêt que suscitent vos propres publications auprès du public vous permettent-ils d’estimer année après année la vigueur de l’actualité de Céline?
Cette année, on observe une inflation considérable de publications, liée au cinquantenaire de la mort de Céline. On observe toujours de tels pics quand il y a un référent événementiel. Quant à la progression ou non du lectorat de Céline, je ne sais pas. Mais je remarque que, dans mes fichiers de clients fidèles de L’Année Céline, il y a régulièrement de nouveaux inscrits, et des personnes qui se manifestent et veulent l’intégralité de la collection. Chaque volume est tiré entre 500 et 600 exemplaires, et je m’arrange pour que la série soit toujours entièrement disponible. C’est important, essentiel même, cette disponibilité des anciens volumes, quand on est, comme c’est le cas, lancé dans une entreprise éditoriale de longue haleine. Ce qui est certain, c’est qu’il existe une relève parmi les jeunes chercheurs. Je pense notamment au plus doué d’entre eux, Gaël Richard, qui a publié au Lérot le volume de documents commentés Le Procès de Céline, 1944-1951, paru en 2010.



Faut-il ou non rééditer les pamphlets de Céline? Quelle est votre position?
La question ne me paraît pas primordiale. En tant que lecteur de Céline, ce sont des textes que je relis rarement. Je trouve que Céline est bon dans l’invective courte, pas du tout dans la parole pamphlétaire construite. L’École des cadavres est certainement le plus mauvais livre qu’il ait écrit, et on ne peut que regretter qu’il ait abandonné Casse-pipe pour produire ce volume de circonstance. L’ensemble est stylistiquement faible, voire médiocre, sauf la fin de Bagatelles et certains passages des Beaux Draps. Que les pamphlets soient réédités ou pas, quelle importance? Rien n’est plus simple que se les procurer aujourd’hui, en achetant des éditions pirates sur Internet ou des éditions d’époque chez des libraires d’ancien: ce sont des livres très courants, étant donné leurs tirages importants. En même temps, si on les rééditait, je ne vois pas non plus où serait le problème. Le risque de contagion antisémite? Mais l’antisémitisme n’est pas contagieux, et on ne devient pas antisémite en lisant Céline, c’est idiot de penser cela.

www.dulerotediteur.fr
Propos recueillis par Nathalie Crom 
Photos : Benoît Linero pour Télérama

samedi 15 juin 2019

La virulente polémique de Céline par Dominique Venner

Un samouraï d’Occident, Le Bréviaire des insoumis
de Dominique Venner, Editions Pierre Guillaume de Roux,2013 
La virulente polémique de Céline

Considéré comme le plus grand écrivain français du XXe siècle, rénovateur de la langue et du style, habité par une sorte de délire prophétique, Louis-Ferdinand Destouches, Céline en littérature, constitue un autre exemple de radicale insoumission. Gravement blessé au cours des premiers combats de 1914, il fut décoré et réformé. Ayant entrepris des études de médecine, il soutint sa thèse en 1924 sur la vie et l'œuvre du Dr Semmelweis. Entré au Service d'hygiène de la S.D.N., il fut envoyé en mission aux U.S.A., en Europe et en Afrique jusqu'en 1927. Cinq ans plus tard, il publiait Voyage au bout de la nuit, salué aussitôt comme une œuvre littéraire capitale. Tout comme Léon Daudet dans L'Action française, l'intelligentsia de gauche réserva un accueil chaleureux à un auteur qui semblait lui appartenir, mais l'écrivain-médecin était rétif à tout embrigadement. La publication de Mea culpa (1936), après un voyage en u.R.S.S., montra qu'il n'avait pas été dupe du paradis soviétique. Ce livre consomma son divorce avec une gauche que dominaient les communistes.
Sentant venir une nouvelle guerre, Céline en attribua la responsabilité à une conspiration juive. Coup sur coup, il publia deux pamphlets qui le firent soudain apparaître comme un antisémite enragé : Bagatelle pour un massacre (1937) et L'École des cadavres (1938). Vitupérant la guerre et les charniers à venir, il dénonçait à sa façon «la coalition du capitalisme anglo-saxon, du stalinisme et du lobby juif» dont l'objectif (selon lui) était d'envoyer au massacre la jeunesse française en une guerre franco-allemande où elle-même n'interviendrait pas avant l'épuisement des combattants sacrifiés*.
Dans un genre assez différent, Céline publia en 1941 un nouveau pamphlet, Les Beaux Draps, sans doute la seule de ses œuvres qu'illumine un léger halo d'espérance. À côté d'une célèbre tirade sur le «communisme Labiche », il livrait une méditation poétique sur l'esprit de la France, écrite dans le style des ballades et des virelais du XVe siècle, non sans quelques coups de patte fort injustes donnés à Montaigne. Ce curieux livre, où l'antisémitisme, quoique présent, est assez estompé, délivrait cette fois un message furibard à l'encontre de la prédication chrétienne, ultime recours du régime de Vichy qu'il méprisait: «Propagée aux races viriles, aux races aryennes détestées, la religion de "Pierre et Paul" fit admirablement son œuvre, elle décatit en mandigots, en sous-hommes dès le berceau, les peuples soumis, les hordes enivrées de littérature christique, lancées éperdues imbéciles, à la conquête du Saint Suaire, des hosties magiques, délaissant à jamais leurs Dieux de sang, leurs Dieux de race ... Ainsi la triste vérité, l'aryen n'a jamais su aimer, aduler que le dieu des autres, jamais eu de religion propre de religion blanche ... Ce qu'il adore, son coeur, sa foi, lui furent fournis de toutes pièces par ses pires ennemis .. .» Dans un langage différent, Nietzsche n'avait pas dit autre chose.
L'ouvrage fut interdit par les services de Vichy en zone Sud et suscita les plus vives réserves de la Propaganda Abteilung ...


* Pierre Monnier, « Céline et les têtes molles", Bulletin célinien, Bruxelles, 1998 

mardi 8 janvier 2019

Deux lettres ouvertes à Louis-Ferdinand Céline par Léon Paquot-Pierret Léon (1939-1941

Lettres à l’antisémite impénitent

Ces deux lettres ouvertes — intitulées à Louis-Ferdinand Céline antisémite impénitent (sur L'École des cadavres) datée de 1939 et à Louis-Ferdinand Céline sur Les Beaux draps datée de juin 1941 —, ont été publiée par La Lanterne (Liège) en 1946 dans le recueil La Verge et la palme Critique épistolaire (2e série) écrite par Léon Paquot-Pierret. *

* Écrivain belge (Flèches au coeur en 1934, L'Athlète désespéré en 1935, Le Bonheur des Autres en 1938) et critique spécialiste de Corneille et La Bruyère.


Ce sont deux textes un peu lourdingues dont le seul but est de condamner l'antisémitisme de Céline, non pas sur le fond — Certains passages, à l'aune de la bien-pensance dominante feraient classer l'auteur dans le camp des ignominieux—, mais sur son caractère excessif !
Par ses remarques "anecdotiques", ce Léon semble n’avoir absolument rien compris à Céline… tout est dans cette phrase, chipée à la lettre sur L’École des cadavres : «Il faudra bien convenir désormais que vous avez la mémoire diablement obsédé par l' "… exécrable Juif, l'opprobre des humains," proféré par Aman, dans sa douleur délirante, à l'acte III de l’Esther de Racine.»


Quant à la critique littéraire dont on aurait pu attendre plus de la part de ce grand spécialiste des "classiques", elle se résume à des remarques sur la grossièreté dans le texte célinien… Et il doit s’en référer aux aveux même du Maître pour gagner un peu en consistance : «Je pourrais, confessez-vous, devenir aussi, moi, un styliste véritable, un académique pertinent. C'est une affaire de travail, une application de mois… peut-être d'années… On arrive à tout… Mais je suis quand même trop vieux, trop avancé, trop salope sur la route maudite du raffinement spontané… après une dure carrière de "dur dans les durs", pour rebrousser maintenant chemin et puis venir me présenter à l'agrégation des dentelles!… Impossible!…»

à Louis-Ferdinand Céline antisémite impénitent 
(sur L'École des cadavres) lettre ouverte datée de 1939 





à Louis-Ferdinand Céline sur Les Beaux draps 
lettre ouverte datée de juin 1941