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dimanche 6 octobre 2024

Lucien Combelle parle de Mea Culpa et Bagatelles pour un massacre dans Arts & Idées en 1937

Lucien Combelle parle de Mea Culpa et Bagatelles pour un massacre                             dans Arts & Idées en 1937

En juin 2024, paraissait Intellectuels dans la tourmente, un opuscule à destination des adhérents de la Société des Lecteurs de Céline. C'était la seconde partie de La réception de Guignol’s Band dans Révolution nationale en 1944. La première, Merci bien, Monsieur Céline ! (juin 2023), publiait un brillant article inédit de Jean Fontenoy, précédé d'une présentation de Philippe Vilgier, son biographe.




Dans Intellectuels dans la tourmente, la réception de Guignol's Band et plus généralement de l'œuvre de Céline était contextualisé dans une période troublée, à trois mois du D-day en Normandie, la critique littéraire ayant du mal à s'imposer face à une actualité sous les bombardements alliés !


Lucien Combelle à Apostrophes
 Lucien Combelle à Apostrophes


Le sujet était si vaste que nous avons dû en survoler certains aspects…

C'est le cas du rôle important joué par Lucien Combelle, rédacteur en chef de Révolution nationale. J'écrivais ainsi, page 9, “ C’est sans doute grâce à Combelle, avec qui il s’était lié, que Céline est venu à ce périodique car il était bien plus proche du Parti Populaire Français de Jacques Doriot que des agités cagoulards de Deloncle ou de Déat. Quant à lui, le journaliste de 27 ans n’était pas un novice ni en matière de presse, ni en Célinie… Il avait déjà écrit le 13 mars 1941, un solide “Céline et notre temps” pour La Gerbe, d’où l’avait vite chassé son incompatibilité d’esprit avec le trop conservateur Alphonse de Châteaubriant. Il avait aussi donné au Fait, deux articles en défense de l’auteur de Voyage ; le 22 février, une dénonciation des avanies subies par lui et une critique élogieuse de son premier roman ; le 8 mars, une prise à partie de Desnos après son éreintement des Beaux Draps dans Aujourd’hui. Avant cela, en mai 1936, Lucien Combelle avait lancé sa revue littéraire et poétique avec la bénédiction d’André Gide dont il était secrétaire. Dans cet Arts et Idées *, il écrivait déjà son admiration. Le n°7 de février 1937 donne sa vision de Mea Culpa qui « dit à l’homme quelques dures vérités » ; le n°13, un an après, parle de Bagatelles et en vante l’antisémitisme (cela lui vaudra, en novembre, une lettre, Lettres, Pléiade, 38-34, en forme de leçon de racisme : «vos anti-juifs puent la naphtaline»)… ”

Faute de place, je n'avais pas cité les textes des critiques de Mea Culpa et Bagatelles pour un massacre, les voilà in extenso.

Ch. Mouquet 


* Arts & idées : revue mensuelle / rédacteurs en chef : Lucien Combelle & Alain Bernard

Rédaction-Administration : 7, Rue Lhomond, PARIS 

La revue n'a pas trouvé ses lecteurs en dépit du soutien de personnalités comme Gide ou Cocteau. Il n'y a eu que douze numéros, six par an en 1936 et 1937.

Arts & Idées n°7 février 1937

« MEA CULPA », par Louis-Ferdinand CÉLINE - Denoël et Steele. 


Il y a quelques années, L.-F. Céline nous donna la joie de lire un livre magnifique : « Voyage au bout de la nuit ». Le lecteur se souvient de Bardamu et de certaines belles pages qui, par leur accent, leur souffle, leur sincérité, leur brutalité le laissaient ahuri et troublé. De la même veine est le « Mea Culpa », petit pamphlet dans lequel le père de Bardamu crache sa colère et son mépris. Après le livre d'André Gide, celui de Céline ne laisse aucun doute. Une faillite est à enregistrer.

Le pamphlet de Céline est violent et dit à l'homme quelques dures vérités. Cependant, il ne me semble pas qu'on ait attaché assez d'importance à ce petite livre. On juge souvent Céline sur son style et on a tort. Je ne sais quel écrivain a parlé de Pascal pour le comparer à Céline. C'était hardi mais pertinent. La révolte, le trouble, le secret désir de remettre l'homme à sa place et de lui imposer férocement une responsabilité, voilà, ce me semble, des caractères pascaliens. Que l'expérience communiste ait révolté un tel homme, quoi d'étonnant ? Ce paradis « hic et nunc » qui permet au disciple marxiste de nier et combattre le christianisme sans trop se fatiguer, a enlevé et enlève à l'homme un soutien séculaire : le communisme isole l'homme et ce dernier obéit. Il est maintenant seul avec ses machines, ses nouveaux tyrans et ses illusions. L'escroquerie morale est incontestable dans cette farce tragique et même des poulets à tous les repas n'y changeront rien. Mais je cite avec joie cette page incomparable de Céline :  


« Le Communisme matérialiste, c'est la Matière avant tout et quand il s'agit de matière c'est jamais le meilleur qui triomphe… La supériorité pratique des grandes religions chrétiennes, c'est qu'elles doraient pas la pilule. Elles essayaient pas d'étourdir, elles cherchaient pas l'électeur, elles sentaient  pas le besoin de plaire, elles tortillaient pas du panier. Elles  saisissaient l'Homme au berceau et lui cassaient le morceau d'autor. Elles le rencardaient sans ambages : Toi petit putricule informe, tu seras jamais qu'une ordure. De naissance, tu n'es que merde... Est-ce que tu m'entends ? C'est l'évidence même, c'est le principe de tout ! Cependant, peut-être... peut-être... en y regardant de tout près... que t'as encore une petite chance de te faire un peu pardonner d'être comme ça tellement immonde, excrémentiel, incroyable, c'est de faire bonne mine à toutes les peines, épreuves, misères et tortures de ta brève ou longue existence. Dans la parfaite humilité… La vie, vache, n'est qu'une âpre épreuve ! T'essouffle pas ! Cherche pas midi à quatorze heures ! Sauve ton âme, c'est déjà joli… »

Et l'homme ne veut plus entendre : « Le moindre obstrué trou du cul se voit Jupiter dans la glace! ».  

Eh oui ! l'homme pèche par orgueil. Le matérialisme social  veut tout expliquer, tout juger, tout créer. La morale, processus social ! La psychologie, processus social ! Et l'homme, libéré du joug des classes possédantes et des disciplines religieuses, croyant vivre dans une société de saints et être saint lui-même, va offrir son échine à un autre fouet. Là, Céline rugit : « Pourtant qu'il soit debout, à quatre pattes, couché, à l'envers, l'homme n'a jamais eu, en l'air et sur terre, qu'un seul tyran : lui-même ! » Et impitoyable, il ajoute : « Pourtant, la vraie révolution ça serait bien celle des aveux, la grande purification ! »  

Dans toutes les sociétés modernes, il n'y a, je crois, qu'une différence de départs et de mots, mais les moyens et les résultats sont semblables. Tous les États totalitaires sont des fruits de l'orgueil humain. D'un côté, la masse est allée elle-même se mettre la corde au cou ; de l'autre, un homme ou des hommes se sont imposés aux autres. Mais cherchons bien et ne voyons-nous pas l'orgueil, l'incommensurable orgueil de ces disciples des idées, de ces philosophes en pantalons de velours ou en chemises noires qui, maîtres ou serfs, n'en sont pas moins tous inhumains. Les idées font les tyrannies et bientôt ce sera, comme le dit L.-F. Céline : « le nettoyage par l'idée ».  

Signalons, dans le même volume, le tragique et poignant récit de la vie du docteur Semmelweis, victime de la méchanceté des hommes. 

Lucien COMBELLE.

P.-S. — Le livre de L.-F. Céline n'a pas été donné par l'éditeur, car la Maison Denoël et Steele nous refuse tout service de presse. Cette maison a le sens des hiérarchies et ne veut connaître que les critiques littéraires autorisés. 


Arts & Idées n°12 décembre 1937


«BAGATELLES POUR UN MASSACRE», par Louis-Ferdinand  CELINE - Denoël. 


Le présent livre de Céline est à l'extrême limite de la littérature, mais son importance crée quelques obligations.  

En notre époque, se proclamer antisémite, c'est provoquer ou la moquerie ou la bagarre. L'antisémitisme est, en effet, très  mal jugé, surtout depuis Drumont et du Paty de Clam. On peut, sans danger, se dire antiallemand, anticatholique, antidémocrate, antisocial (là commencent les hurlements), mais il est désormais très dangereux de s'en prendre aux Juifs, même si le Talmud n'est pas de votre goût. C'est pourquoi le livre de Céline est un coup d'éclat, mieux, un pavé qui écrabouille. Ce violent pamphlet, vomi par Bardamu, ne se prête guère, il est vrai, aux travaux de la critique littéraire et quelles citations feraient admettre, par le plus exigeant des lecteurs, la carence du critique. Mais faute de place, nous n'essayerons pas de nous justifier. Et comme nous n'oublions pas la manie contemporaine de l'étiquetage, nous laisserons à d'autres le soin de fixer la nouvelle « position » de Céline.  

Notre vieille sympathie pour l'auteur du « Voyage au bout de la nuit » influence certainement notre présent jugement (si jugement il y a). Mais à la lumière de certains événements récents, nous comprenons pourquoi il a écrit ce livre. Chaque époque a « Les Châtiments » qu'elle mérite.  

Cette explosion, inattendue (Céline éventre non seulement les Juifs, mais aussi quelques littérateurs et grands de ce monde), embarrasse nombre de nos confrères qui ont horreur des complications ou des compromissions. Et Céline fait maintenant figure de galeux. Pensez donc ! il est antisémite.  

Diable d'homme ! sa grande gueule nous soulage et nous plaît. 

Lucien COMBELLE. 




dimanche 26 février 2023

Traces céliniennes ici et là dans la revue roumaine Revista Vatra

AUGUST # 6, 2015 REVISTA VATRA


Dialogue avec Radu Vancu
Vous avez parlé, au début de notre discussion, d'une certaine dimension éthique que l'on retrouve, sinon dans la poésie, du moins autour d'elle. Direct, abrupt : un poète doit-il être égoïste ou altruiste ? Bon ou mauvais/méprisable ? 
- Il doit être empathique, pour continuer en quelque sorte la question précédente. Sinon, lorsqu'il perd son attention sur l'autre, son écriture commence également à décliner. Je sais, cela semble une théorie naïve, en tout cas discordante par rapport à la doctrine commune selon laquelle le moi artistique et le moi biographique sont adiabatiquement isolés ; cette théorie, qui trouve son origine dans le texte de Marcel Proust dirigé contre Sainte-Beuve, est par ailleurs réfutée par l'exemple de Proust lui-même, où le moi biographique et le moi artiste coïncident pratiquement. Et l'histoire littéraire montre, de manière quelque peu surprenante, que les écrivains qui ont perdu l'empathie ont fini par perdre l'écriture. Céline en est le parfait exemple - rien de ce qu'il a écrit après que le désordre intitulé Bagatelles pour un massacre de 1937 n'ait atteint le niveau de ses deux premiers romans. Mais il y a bien d'autres exemples – Hamsun, par exemple, ou Drieu la Rochelle, ou Pound lui-même, dont l'écriture est détruite par l'expérience fasciste, avec ses énormes remords ultérieurs. Viennent ensuite les exemples autochtones : Sadoveanu, avant tout, pour des raisons trop connues pour les répéter ici ; ou Eugen Barbu, qui ne devient jamais l'extraordinaire écrivain de Groapa ; ou Petru Dumitriu, dont la Chronique familiale aurait pu être colossale, si le défaut structurel de son propre caractère n'avait pas érodé ses fondements ; ou Ion Caraion, pratiquement annulé en tant que poète après la plongée voluptueuse dans l'enfer de la trahison. Il ne reste de leur écriture que ce qu'ils ont écrit avant la perte d'humanité, l'évacuation de l'empathie. De façon inattendue, la littérature est un moraliste plus dur qu'on ne pourrait le penser, en tout cas plus inclément que ne le prétendent les théoriciens de la littérature.

Dialog cu Radu Vancu
Ați vorbit, la începutul discuției noastre, despre o anume dimensiune etică pe care o regăsim dacă nu în poezie, cu siguranță în preajma ei. Direct, abrupt: un poet trebuie să fie egoist sau altruist? Bun ori rău/disprețuitor?
Trebuie să fie empatic, ca să continuu cumva întrebarea anterioară. Altfel, când își pierde atenția la celălalt, și scrisul lui începe să decadă. Știu, pare o teorie naivă, discordantă în orice caz în raport cu doctrina comună după care eul artistic și eul biografic sunt adiabatic izolate; teoria aceasta, care originează în textul lui Marcel Proust îndreptat împotriva lui Sainte-Beuve, este de altfel infirmată de exemplul lui Proust însuși, la care eul biografic și eul artistic sunt practic coincidente. Iar istoria literară arată, cumva surprinzător, că scriitorii care au pierdut empatia au pierdut în cele din urmă și scrisul. Céline e exemplul predilect – nimic din ce a scris după mizeria numită Bagatelles pour un massacredin 1937 n-a mai ajuns la nivelul primelor lui două romane. Dar mai sunt destule alte exemple – Hamsun, să zicem, sau Drieu la Rochelle, sau Pound însuși, al cărui scris e distrus de experiența fascistă, cu enormele remușcări subsecvente. Avem apoi exemplele autohtone: Sadoveanu, înaintea tuturor, din rațiuni prea arhicunoscute ca să le mai repet aici; sau Eugen Barbu, care nu mai ajunge niciodată scriitorul extraordinar din Groapa; sau Petru Dumitriu, a cărui Cronică de familie ar fi putut fi colosală, dacă viciul de structură al propriului caracter nu i-ar fi erodat fundațiile; sau Ion Caraion, practic anulat ca poet după bălăcirea voluptuoasă prin infernul delațiunii. Din scrisul lor rămâne mai întotdeauna doar ce au scris înainte de pierderea umanității, de evacuarea empatiei. Într-un mod neașteptat, literatura e un moralist mai dur decât ne-am aștepta, în orice caz mai inclement decât pretind teoreticienii literari.


JULIE, 2019 REVISTA VATRA




Dan Gulea "Bolaño și avangarda istorică" 
Delirul lui Auxilio, „mama poeziei mexicane”, aflată într-o situație limită, este o evaluare a poeziei momentului, a surselor și resurselor sale; în această listă lirică și delirică, Ilarie Voronca, un alt poet de origine românească, cu ambitus internațional datorat culturii și limbii franceze, dar și tulburătorul Paul Celan, poet care a intersectat fugitiv Grupul suprarealist român în 1945-1947: „Vladimir Maiakovski va fi din  nou la modă cam prin 2150. James Joyce se va reîncarna într-un copil chinez în anul 2124. Thomas Mann va deveni un farmacist ecuadorian în anul 2101. // Marcel Proust va cădea într-o disperată și prelungită uitare începând cu anul 2033. Ezra Pound va dispărea din unele biblioteci în anul 2089 […] Virginia Woolf se va reîncarna într-o prozatoare argentiniană în anul 2076. Louis-Ferdinand Céline va ajunge în Purgatoriu în anul 2094. Paul Eluard va fi un poet citit de marele public în anul 2101 […] Paul Celan va renaște din propria-i cenușă în anul 2113. André Breton va renaște din oglinzi în anul 2071. Max Jacob nu va mai fi citit, adică ultimul lui cititor va muri în anul 2059. // Cine îl va citi pe Jean-Pierre Duprey în anul 2059? Cine îl va citi pe Gary Snyder? Cine îl va citi pe Ilarie Voronca? Acestea sunt întrebările pe care mi le pun”

Le délire d'Auxilio, la « mère de la poésie mexicaine », en situation liminaire, est une évaluation de la poésie du moment, de ses sources et de ses ressources ; dans cette liste lyrique et délirante, Ilarie Voronca, autre poète d'origine roumaine, à rayonnement international dû à la culture et à la langue française, mais aussi l'inquiétant Paul Celan, poète qui a traversé fugitivement le groupe surréaliste roumain en 1945-1947 : « Vladimir Maiakovski redeviendra à la mode vers 2150. James Joyce se réincarnera en enfant chinois en 2124. Thomas Mann deviendra pharmacien équatorien en 2101. // Marcel Proust tombera dans un oubli désespéré et prolongé à partir de 2033. Ezra Pound va disparaître de certaines bibliothèques en l'an 2089 […] Virginia Woolf se réincarnera en prosatrice argentine en l'an 2076. Louis-Ferdinand Céline atteindra le Purgatoire en l'an 2094. Paul Eluard sera un poète lu par le grand public en l'an 2101 […] Paul Celan renaîtra de ses propres cendres en l'an 2113. André Breton renaîtra des miroirs en l'an 2071. Max Jacob ne sera plus lu, c'est-à-dire que son dernier lecteur mourra dans la année 2059. // Qui lira Jean-Pierre Duprey en l'an 2059 ? Qui lira Gary Snyder ? Qui lira Ilarie Voronca ? Ce sont les questions que je me pose »

Dans la revue roumaine Revista Vatra nr. 1-2/Martie 2016


Liviu CANGEOPOL Naşterea literaturii Vatra

Pentru a încerca premisele unei discuţii reale despre Solenoid este necesară o distribuţie cu scenariu muntenesc şi actori de peste hotare. Prima ofertă care atinge malurile exegezei este portavionul numit Curcubeul gravitaţiei, semnat de Thomas Pynchon (excelent tradus în română de Rareş Moldovan, sub auspiciul Editurii Polirom). Voi începe printr-un şoc termic la marginea blasfemiei: din punct de vedere al coerenţei narative, cartea lui Mircea Cărtărescu se află deasupra cărţii americanului. Din acest fuior se trage şi beneficiul major al operei de artă: disciplina stilului asigură nu doar eleganţa cuvîntului, cît mai ales ponderea dinamicii ideatice. Flexibilitatea şi viteza de execuţie a gîndirii sînt stimulate de orgasmul delirului cărtărescian. În cadrul literaturii, în afară de Pynchon, doar la Faulkner şi Céline am mai întîlnit acest simptom de maieutică accelerată. Discursul lui Pynchon propune o serie de opriri bruşte, căderi în timp, răsturnări, sincope, refaceri, licenţe logice, pe cînd cel al lui Cărtărescu înalţă o clădire uniformă într-o cadenţă serenă, de neoprit precum mareea oceanelor şi durabilă ca a fenomenelor carstice. Autorul construieşte, nu doar observă, dezvoltă, nu doar explică, creează mutaţii, nu doar se maturizează.

Pour tester les prémisses d'une vraie discussion sur Solénoïde (livre de Mircea Cărtărescu), un casting au scénario montagnard et des acteurs venus de l'étranger est nécessaire. La première offre qui touche les rives de l'exégèse est le porte-avions baptisé Gravity's Rainbow, signé Thomas Pynchon (excellemment traduit en roumain par Rareş Moldovan, sous l'égide des éditions Polirom). Je commencerai par un choc thermique à la limite du blasphème : du point de vue de la cohérence narrative, le livre de Mircea Cărtărescu est au-dessus du livre américain. Le bienfait majeur de l'œuvre d'art dérive de cette source : la discipline du style assure non seulement l'élégance du mot, mais surtout le poids de la dynamique idéationnelle. La souplesse et la rapidité d'exécution de la pensée sont stimulées par l'orgasme du délire cartărescien. En littérature, à part Pynchon, il n'y a que chez Faulkner et Céline que j'ai rencontré ce symptôme de maïeutique accélérée. Le discours de Pynchon propose une suite d'arrêts brusques, de chutes dans le temps, de retournements, de syncopes, de restaurations, de licences logiques, tandis que celui de Cărtărescu dresse un édifice uniforme dans une cadence sereine, imparable comme la marée des océans et durable comme les phénomènes karstiques. L'auteur construit, pas seulement observe, développe, pas seulement explique, crée des mutations, pas seulement mûrit.



vendredi 28 juin 2019

«on ne devient pas antisémite en lisant Céline, c’est idiot de penser cela.» Jean Paul Louis, éditeur de L'Année Céline

«la question de la réédition des pamphlets 
n’est pas primordiale...»
Dans un Télérama Hors-Série de légende… (juin 2011)

Jean Paul Louis édite L’Année Céline, qui recense toutes les publications consacrées à l’écrivain. Pour lui, la question de la réédition des pamphlets n’est pas primordiale ...

C’est à Tusson, en Charente, que sont installées, depuis leur création, en 1982, les éditions du Lérot. Plus précisément, c’est la mention «libraire-éditeur et imprimeur de campagne» que Jean Paul Louis a inscrite sur sa carte de visite. Car, en plus de l’activité d’édition, où Céline occupe une place importante, voire centrale, Le Lérot est aussi une entreprise d’imprimerie en offset, spécialisée dans la fabrication de livres et doublée d’un atelier de brochage. Jean Paul Louis est par ailleurs auteur d’une thèse sur la correspondance de Céline, coresponsable avec Henri Godard de l’édition des Lettres de l’écrivain en Pléiade et de sa correspondance avec Marie Canavaggia (Lettres à Marie Canavaggia,1936-1960, éd. Gallimard).

Les éditions du Lérot ont-elles été créées autour de Céline, pour éditer Céline?
Quand ont été créées les éditions du Lérot, je travaillais déjà avec Henri Godard, qui a dirigé ma thèse, sur l’édition de la correspondance de Céline. Mais à ce moment-là et durant les premières années d’existence, Céline n’est pas particulièrement présent au catalogue. Quand on crée une maison d’édition, on ne sait pas précisément où on va, ça ne se passe pas comme ça, le catalogue évolue au fil du temps. La maison d’édition a commencé à publier les actes des colloques de la Société d’études céliniennes, tous
les deux ans. Mais c’est vraiment à partir de 1990 que le projet célinien a pris de l’ampleur. Avec la création de L’Année Céline, qui est une idée d’Henri Godard. Il s’agit d’un périodique annuel qui recense les travaux et les études consacrés à Céline — un vrai besoin, dans le cas d’un écrivain de son importance. Depuis vingt et un ans, la forme de L’Année Céline a peu évolué. Elle se présente comme un volume de 200 à 350 pages, en trois parties. La première rassemble des textes de Céline retrouvés au cours de l’année, essentiellement des lettres qui surgissent lors de ventes aux enchères ou de dispersion de collections privées. La deuxième partie est documentaire, elle rassemble des études autour de faits. Enfin, une troisième partie, plus universitaire, recense les travaux consacrés à l’écrivain et en donne des extraits. À quoi s’ajoute une bibliographie, afin de faire chaque année le point sur ce qui se publie. À côté de cela, nous avons publié également de petits volumes de textes de ou sur Céline, comme le volume de Préfaces et dédicaces (1987), le recueil 31, cité d’Antin (1988) ou l’attachant Céline de mes souvenirs, de Serge Perrault (1992). Et des études très fouillées comme le Relevé des sources et citations dans Bagatelles pour un massacre, d’Alice Kaplan, la thèse de Michaël Ferrier Céline et la chanson ou celle de Régis Tettamanzi sur Céline et «l’esthétique de l’outrance». Je publie ces ouvrages très spécialisés parce que je sais que personne d’autre ne le fera. Ce sont des volumes tirés à 500 exemplaires. Étant imprimeur, maîtrisant l’impression et le brochage, je peux revenir à des procédés techniques d’autrefois pour faire vraiment le nombre d’exemplaires que je souhaite.


Ce regard que vous posez sur les publications consacrées à Céline et l’intérêt que suscitent vos propres publications auprès du public vous permettent-ils d’estimer année après année la vigueur de l’actualité de Céline?
Cette année, on observe une inflation considérable de publications, liée au cinquantenaire de la mort de Céline. On observe toujours de tels pics quand il y a un référent événementiel. Quant à la progression ou non du lectorat de Céline, je ne sais pas. Mais je remarque que, dans mes fichiers de clients fidèles de L’Année Céline, il y a régulièrement de nouveaux inscrits, et des personnes qui se manifestent et veulent l’intégralité de la collection. Chaque volume est tiré entre 500 et 600 exemplaires, et je m’arrange pour que la série soit toujours entièrement disponible. C’est important, essentiel même, cette disponibilité des anciens volumes, quand on est, comme c’est le cas, lancé dans une entreprise éditoriale de longue haleine. Ce qui est certain, c’est qu’il existe une relève parmi les jeunes chercheurs. Je pense notamment au plus doué d’entre eux, Gaël Richard, qui a publié au Lérot le volume de documents commentés Le Procès de Céline, 1944-1951, paru en 2010.



Faut-il ou non rééditer les pamphlets de Céline? Quelle est votre position?
La question ne me paraît pas primordiale. En tant que lecteur de Céline, ce sont des textes que je relis rarement. Je trouve que Céline est bon dans l’invective courte, pas du tout dans la parole pamphlétaire construite. L’École des cadavres est certainement le plus mauvais livre qu’il ait écrit, et on ne peut que regretter qu’il ait abandonné Casse-pipe pour produire ce volume de circonstance. L’ensemble est stylistiquement faible, voire médiocre, sauf la fin de Bagatelles et certains passages des Beaux Draps. Que les pamphlets soient réédités ou pas, quelle importance? Rien n’est plus simple que se les procurer aujourd’hui, en achetant des éditions pirates sur Internet ou des éditions d’époque chez des libraires d’ancien: ce sont des livres très courants, étant donné leurs tirages importants. En même temps, si on les rééditait, je ne vois pas non plus où serait le problème. Le risque de contagion antisémite? Mais l’antisémitisme n’est pas contagieux, et on ne devient pas antisémite en lisant Céline, c’est idiot de penser cela.

www.dulerotediteur.fr
Propos recueillis par Nathalie Crom 
Photos : Benoît Linero pour Télérama

mercredi 20 février 2019

Louis Destouches à la SDN (1924-1927)



Le docteur Louis Destouches s’engage à la Section d’hygiène de la Société des Nations en 1924. Lorsqu’il la quittera, trois ans plus tard, il sera Céline, écrivain débutant et antisémite. Deux rencontres majeures à Genève auront accompagné cette transformation.

Lorsque Louis Destouches pose ses valises à Genève, ce 26 juin 1924, laissant femme et enfant derrière lui à Rennes, il a tout juste 30 ans. Celui qui publiera, huit ans plus tard, l’un des chefs-d’œuvre de la littérature française, Voyage au bout de la nuit, sous le nom de Louis-Ferdinand Céline, est alors un inconnu en quête de vie nouvelle et de voyages, un doctorant en médecine en quête d’une grande cause. Dans l’immédiat, ce sera la Société des Nations (SdN). Quand il quittera cette organisation, trois ans plus tard, deux rencontres auront changé sa vie: celle d’une muse américaine, qui accompagnera ses débuts en littérature; celle d’un maître polonais, figure quasi paternelle sur laquelle se transposera sa haine des juifs.


Sur la fiche de renseignement de la SdN qu’il remplit le jour
de son entrée – dont l’original peut se consulter au Service
des archives de la Bibliothèque de l’ONU au Palais des Nations –, Louis Destouches indique bien connaître le français, l’anglais et l’allemand, avoir un enfant de 4 ans, loger à l’hôtel La Résidence, route de Florissant, que la personne à prévenir le cas échéant habite 6 quai (de) Richemont à Rennes et être engagé à la Section d’hygiène, en tant que classe B, pour une période temporaire avec un traitement de 1000 francs suisses par mois.
Six semaines plus tard, il décroche un contrat jusqu’au 31 décembre 1927 au «poste de responsable des échanges de médecins spécialistes» pour un salaire de 15000 francs par an. « C’est ici que se trouve ton vieux Louis. Ici, dans la ruche internationale […]. Cette fois j’embrasse des problèmes d’hygiène de belle envergure et, mon Dieu, j’aime cela », écrit-il à Albert Milon, un ancien camarade d’armée.


Son poste à la SdN,
Louis Destouches le doit
à Selskar M. Gunn,
représentant en Europe
de la Fondation Rockefeller

Ce poste, Louis Destouches le doit à Selskar M. Gunn, représentant en Europe de la Fondation Rockefeller. Avant de reprendre des études, Destouches s’était fait propagandiste de la lutte contre la tuberculose pour le compte de l’organisation philanthropique américaine. Celle-ci finance à présent la nouvelle Section d’hygiène de la SdN. Selskar M. Gunn va recommander son protégé au directeur, le docteur Ludwig Rajchman, un ami polonais d’origine juive réputé pour ses travaux en médecine sociale.
Après une première rencontre entre les trois hommes à Paris, en avril, Rajchman écrit au secrétaire général de la SdN, le Britannique Eric Drummond, qui donne son aval à toute nomination: Destouches « est un homme très intelligent et enthousiaste […]. C’est un grand croyant des idéaux de la SdN. » Les deux hommes vont rapidement s’entendre et travailler à la « réalisation d’un dessein sans précédent: la création d’un réseau mondial de bureaux sanitaires de renseignements épidémiologiques », écrit Théodore Deltcher Dimitrov, qui a réuni dans un volume l’ensemble de la documentation relative à Céline dans les archives de la SdN.
La Section d’hygiène est l’ancêtre de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Théodore Deltcher Dimitrov voit en elle « l’organe le plus efficace dans le système sociétaire qui a produit des résultats tangibles dans la coopération internationale pour la santé de l’humanité ». Rajchman prévoit de créer des bureaux régionaux en Amérique latine, en Afrique occidentale et en Océanie. Mais « la crainte des gouvernements d’une "médecine sociale", dangereuse et coûteuse, inspirait les délégués dans leurs critiques, soupçons et accusations », ajoute Théodore Deltcher Dimitrov.


Le docteur Destouches va en faire la pénible expérience. A partir de novembre 1924, durant dix-huit mois, il multiplie les missions en Europe, se rend en Amérique, puis en Afrique. Il pilote des groupes de médecins, discute de projets au nom de la SdN: un travail de diplomate. Lors de ces périples, il rédige des rapports et tient informé Rajchman des problèmes logistiques et humains des "échangistes", comme on nomme leurs participants.
Le voyage en Amérique, à partir de février 1926, est le plus instructif pour les biographes de Céline. L’étape de Cuba, où Rajchman pensait ouvrir un bureau régional, est une première déception. Cette île "riche" et qui vit dans la « peur d’une intervention américaine toujours à prévoir en cas d’épidémie » inspire à Destouches ce commentaire: « Tout cela est trop grand pour moi, il est temps de nous en aller, voilà mon avis. »
Aux Etats-Unis, le diplomate-médecin se casse les dents sur une administration allergique à la SdN, une organisation inventée en 1919 par un président américain, Woodrow Wilson, mais qui fut aussitôt rejetée par son parlement. A la Maison-Blanche, Destouches a ainsi la surprise d’être présenté au président Calvin Coolidge en tant que membre d’une mission panaméricaine. « On ne me donna ni nationalité, ni titre, mon nom simplement, j’ai dû passer pour Sud-Américain, écrit-il dans un pli confidentiel à Rajchman. […] Je me suis demandé si je n’allais pas pousser à mon tour un petit "Vive la SdN", Monsieur. Mais j’ai réfléchi que nous n’y gagnerions pas grand-chose et que le scandale serait immense. »

Chez les “chimpanzés” de Ford


La visite des usines Ford à Detroit, le 6 mai 1925, sera l’objet d’un rapport très détaillé de Destouches. Citant les propos du médecin chargé des admissions de l’usine, l’envoyé de la SdN décrit un système de production de masse qui emploie une armée de bras cassés et de crétins. « Pour nous, l’ouvrier rêvé c’est le chimpanzé », explique son collègue américain. Commentaire de Destouches: « Cet état de choses à tout prendre au point de vue sanitaire, et même humain, n’est point désastreux quant au présent, il permet à un grand nombre de gens de vivre qui en seraient bien incapables en dehors de chez Ford. » L’expérience de la production standardisée avec sa division du travail, innovation majeure du fordisme, inspirera la critique du capitalisme américain dans le Voyage.
En décembre 1925, Louis Destouches quitte La Résidence pour s’installer dans un trois-pièces à Champel, au chemin de Miremont. En juin 1926, alors qu’il est en Afrique, son divorce est prononcé à Rennes. Enfin libéré d’un mariage qui lui pesait, Destouches aurait pu s’investir entièrement dans sa carrière de fonctionnaire international. Il va au contraire s’en détacher. L’ennui administratif, la vacuité de sa tâche, le besoin de renouveau, tout le pousse vers d’autres horizons. Sa vie va connaître un tournant à l’automne 1926, par une rencontre au cœur de Genève.

Une passion américaine
« L’homme a 32 ans. Il est grand, mince, les yeux d’un bleu très clair. Il est élégant, et même un peu dandy sur les bords, la mise recherchée, veste de tweed et cravate assortie. Il monte vers la Vieille Ville après avoir laissé les rives du Léman. C’est alors qu’il aperçoit une très jeune femme, menue, ravissante, de petite taille, le visage encadré d’une somptueuse chevelure rousse. Elle s’est arrêtée devant une librairie. Il s’approche et fait mine lui aussi de s’intéresser à la vitrine. » C’est ainsi que l’écrivain et biographe Frédéric Vitoux relate la première rencontre entre Louis Destouches et Elizabeth Craig, danseuse américaine qui deviendra sa grande passion amoureuse, "l’Impératrice" du Voyage, livre qui lui sera dédicacé. C’est pour la rejoindre à Paris que Destouches abandonnera Genève dès le printemps 1927, au bénéfice de congés maladie jusqu’au terme de son contrat.
À la même période, le médecin entame sa mue d’écrivain, s’essayant à l’écriture d’une pièce de théâtre qu’il intitulera L’Église. L’église, c’est la SdN, une organisation contrôlée par des juifs qui veulent en faire un instrument de domination mondiale. Ce premier écrit antisémite annonce les pamphlets d’une tout autre virulence à partir de 1937, lorsque Céline se sera transformé en thuriféraire de l’hitlérisme en France.

L'Église première édition de 1933 avec en frontispice
L'Inconnue de la Seine, célèbre à l'époque.jpg

Quand Rajchman devient Yudenzweck
L’Église est dirigée par trois juifs de 45 ans, Moïse, directeur du service des indiscrétions, Mosaïc, directeur des affaires transitoires, et Yudenzweck, directeur du service des compromis. « Quand Céline, dans les premiers mois de 1927, écrivait à Genève L’Église, il venait la lire, par petits bouts, à Marja Rajchman, qui, un beau jour, put entendre une description caricaturale, nettement antisémite, d’un protagoniste de la pièce, membre de la SdN, appelé "Yudenzweck"; compte tenu de son activité, que précisait le manuscrit, ce personnage ne pouvait être que Ludwig Rajchman, tourné par l’auteur en ridicule, et méprisé », écrit Marta Aleksandra Balinska, arrière-petite fille de Rajchman.
Destouches, qui était devenu un proche de la famille, ne se contente pas de faire la lecture de sa pièce à l’épouse de son directeur, mais la fait aussi à ce dernier. Un acte de rupture ? Pas du tout. Destouches, même après avoir quitté la SdN, ne cessera de solliciter des bourses d’études à ce même Rajchman, auquel il donne du « Mon cher ami » et qui continuera d’agir comme un protecteur, cela jusqu’à la publication de la pièce, en 1933, qui marque la fin de leur correspondance.
Rajchman réapparaîtra en 1937 sous les traits de Yubbenblat dans Bagatelles pour un massacre, le premier pamphlet raciste publié par un Céline qui a embrassé la cause de l’Allemagne nazie. La SdN y est cette fois qualifiée de «Synagogue dans un temple maçon». « Par les circonstances de la vie, je me suis trouvé pendant quatre ans titulaire d’un petit emploi à la SdN, secrétaire technique d’un juif […]. Les places notables, les vrais nougats sont occupés, là comme ailleurs, par les juifs et les maçons », écrit-il.

Les dettes genevoises
« Il justifiera après coup et très tardivement, en 1960, son antisémitisme par son expérience de la SdN, explique Annick Duraffour, co-auteure d’une somme remarquable sur le racisme de Céline et les aspects les plus sombres lors de sa collaboration avec les SS. Mais cette expérience aurait pu tout aussi bien le persuader du contraire. Pour être déçu par les échecs de la SdN, il faudrait que Destouches-Céline en ait partagé les espoirs et idéaux. Or il me semble que rien n’est plus éloigné de sa culture familiale et personnelle que le souci du droit, la confiance en la raison, en la négociation. »
Dans L’Église apparaît aussi pour la première fois Bardamu, le double de Destouches et anti-héros du Voyage. « Docteur en médecine, Français, au service de nos commissions sanitaires pendant quatre ans […]. Scientifiquement médiocre, administrativement nul », voilà comment ses supérieurs le décrivent dans la pièce de théâtre. C’est déjà du Céline.
L’administration, justement, poursuivra Destouches durant des mois après son départ de Genève, comme le montrent de nombreux documents des archives Céline de la SdN. Parti rejoindre son Américaine à Paris (où il va ouvrir un cabinet qui sera un autre échec cuisant), Destouches laisse de nombreuses factures impayées (que réglera en partie Rajchman): électricité, décoration intérieure, loyer, traiteur, déménageur, il y en a pour des centaines de francs. Cela remontera jusqu’au conseiller d’Etat Edmond Turrettini, chargé du Département de justice et police, qui alertera le secrétaire général de la SdN, Drummond, pour « bien vouloir envisager la suite » à donner contre cet ex-employé indélicat…

Source : Frédéric Koller dans Le Temps Publié mardi 15 août 2017 sous le titre : A Genève, le docteur Destouches est devenu Céline l'écrivain antisémite

L'improbable rencontre de Céline et Cohen
«Sans résultat, j’ai tenté d'interroger Albert Cohen sur Louis-Ferdinand Céline. Vers 1925, ensemble, ils fréquentaient les institutions internationales de Genève et, entre gens de la SDN et du BIT, on se connaissait. Tous deux avaient autour de trente ans, déjà écrivaient et habitaient  le même quartier. Cohen ne voulait pas entendre parler de ce romancier qui, dans ses livres, tout en même temps que Pagnol, retenait l'attention d'Adrien Deume (le cocu de Belle du Seigneur, ndlr) : "Céline, auteur à la mode" disait le futur membre A de la SDN d'un gaillard qui, de la SDN n'avait été que membre B. Disons simplement que Cohen est cité dans Bagatelles pour un massacre (sans son prénom, dans une liste répétée et mouvantes de vrais et de faux juifs, ndlr). A Genève, à ce qu'on m'a dit, l'auteur du Voyage au bout de la nuit avait eu des maîtresses juives et celui de Belle du Seigneur préférait les Occidentales (sic). 

Source : Jacques Lecarme Images de la SDN chez Céline et chez Cohen dans Albert Cohen dans son siècle

dimanche 29 octobre 2017

ROME: Qui a peur de Céline ? Nouvelle République du Centre-ouest du 30 mars 1982

Dans la Nouvelle République du Centre-ouest du 30 mars 1982 est annoncée la sortie en Italie de deux autres pamphlets de Céline. Le quotidien met en avant les précautions de langage de l'éditeur milanais.

ROME: Qui a peur de Céline ?

Malgré le scandale et les polémiques suscités en Italie par la réédition, en septembre, du pamphlet antisémite de Louis-Ferdinand Céline Bagatelles pour un massacre, la maison d'édition milanaise Guanda récidive et a décidé de publier deux autres pamphlets du célèbre écrivain. 
Ces deux pamphlets, Mea Culpa (1936) et Les Beaux Draps (1941), sont sur le point de sortir en librairie à Milan. Mea Culpa est surtout dirigé contre l'U.R.S.S., où Céline s'était rendu. En revanche Les Beaux Draps est tout aussi antisémite que Bagatelles pour un massacre (1937), à ceci près que l'écrivain « élargit » en quelque sorte son propos et n'y épargne personne, s'en prenant par exemple aussi bien aux Etats-Unis qu'au gouvernement de Vichy.
Pour sa part, l'éditeur milanais, estime plus que jamais que les pamphlets de Céline doivent être réédités: « Il faut faire admettre l'importance de ces textes, qu'il est impossible d'ignorer si l'on veut comprendre le cheminement de Céline », déclare-t-il. 
« Notre position est culturelle et morale, c'est-à-dire contre toute censure, d'où qu'elle vienne », ajoute-t-il en soulignant qu'il n'est « absolument pas proche idéologiquement des positions développées par Céline ».