vendredi 12 avril 2019

CÉLINE DÉCULOTTE SARTRE, première republication d’À l'agité du bocal dans Nouveaux jours octobre 1964

Attaqué par Sartre en l’an de disgrâce 1945, Céline répond par «À l’agité du bocal». Un opuscule tiré à 200 exemplaires seulement. Des lignes violentes, truculentes, terribles, qui seraient peut-être tombées dans l’oubli si leur actualité ne nous avait incité à les reproduire. 
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Nouveaux Jours, Le messager de l’après-gaullisme, 
Paris, 23/30 octobre 1964

Nouveaux Jours, Le messager de l’après-gaullisme, 
Paris, 23/30 octobre 1964
À l'agité du bocal, refusé par Paulhan début janvier 1948, sera publié simultanément dans Le Gala des vaches d'Albert Paraz (Éditions de l'Élan), dont il constitue les dernières pages 283-286, et en plaquette chez le jeune typographe Pierre Lanauve de Tartas, qui réalise ainsi sa première publication. 
Paraz a donné en titre La lettre de Céline sur Sartre et l'existentialisme, avec À l'agité du bocal, qu'il a compris comme un envoi, entre le titre et le texte dans le corps de celui-là. Il est donc à l'origine de l'erreur de titrage de l'édition de Lanauve de Tartas, Lettre à J.-P. Sartre qui dut être masquée par un papillon collé avec le titre exact. »
Céline, Lettres à Albert Paraz, Gallimard 2009, page 99 note 1

Nouveaux Jours, Le messager de l'après-gaullisme, 
Paris, 23/30 octobre 1964

• La deuxième édition par Jean Charbonnier, Marseille 1966, porte aussi en titre Lettre sur Sartre et l'existentialisme (120 exemplaires numérotés). 

• La troisième édition Aux dépens d'un amateur est faite à Genève (en réalité Liège) et est précédé d'un avant-propos anonyme et de 16 lettres où il est question de Sartre et comprend une bibliographie. (550 exemplaires numérotés). Couverture de Michel Lhomme. Réimpression sauvage de mauvaise qualité d'un millier d'exemplaires en 1980.


• La quatrième édition, la première "grand public", est À l'agité du bocal suivi d'autres textes, L’Herne, collections Confidences puis Carnets, Paris 1995 et s. Les textes qui suivent sont Les carnets du cuirassé Destouches, rédigés en 1914, révèlent un Céline mélancolique mais déjà sûr de lui ;  31, Cité d'Antin, préface inédite rédigée en 1930 pour introduire les esquisses des peintures décoratives d'un bordel par Henri Mahé ; Bezons à travers les âges, préface du livre historique d'Albert Sérouille sur la ville de Bezons paru en 1944, et qui fut versé dans son dossier " collaboration " ; L'argot est né de la haine, il n'existe plus, texte court publié en 1957 sur l'origine de l'argot ; Des pays où personne ne va jamais, interview de 1960 où Céline parle de sa jeunesse, de sa vie, de son désir de se retirer dans une région où «personne ne va jamais».

••• D'autres éditions ont suivi au Paraguay (Editions de la reconquête, 2007) ou sur Internet (Mathias Gadret dans Le Petit célinien, 2014) et, après la première reprise de 1964 (voir Nouveaux jours ci-dessus), le texte a souvent été reproduits dans des périodiques ou des livres… 

À l’agité du bocal, l’histoire d’un texte par Émile Brami (2014) 

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https://www.youtube.com/watch?v=69U6PRIGbeI

Le texte complet d’ À l’agité du bocal sur
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http://jabiru.blog.lemonde.fr/2007/09/26/a-lagite-du-bocal/

vendredi 29 mars 2019

Reise ans Ende der Nacht à Berlin en 2013 - Le Voyage adapté par Frank Castorf

Adaptation théâtrale de Voyage au bout de la nuit

Bibiana Beglau, membre de Resi-Ensemble, a été nommée "Actrice de l'année" dans la revue annuelle Theatre heute pour son rôle de Bardamu dans Voyage au bout de la nuit de Frank Castorf
Après son adaptation de Nord en 2007, le metteur en scène allemand Frank Castorf s'est attaqué au premier roman de Céline, Voyage au bout de la nuit qu'il présentera au public du Residenztheater de Munich du 3 novembre au 30 décembre 2013.

« On s'abandonne autant au bruit qu’à la guerre »

Avec son nihilisme furieux et son langage rudement agressif, le roman de Céline est un choc. La production de Castorf assume ces effets de choc, c’est l’antithèse des adaptations de romans au stade inflationniste qui confondent la littérature avec ses intrigues. Il traite du roman comme Céline traite de la réalité — à travers des associations. Les images vacillantes de la production, l’apparence stylistique de l’hystérie surchauffée, le désintérêt de Castorf pour toute sorte d’économie ordonnée de la narration - dans les décors scéniques d’Aleksandar Denić, tout cela traduit le style narratif de Céline en théâtre. La phrase de Céline « On s'abandonne autant au bruit qu'à la guerre » semble catapulter Ferdinand Bardamu, jouée clairement et avec précision, mais avec une expressivité surchauffée de Bibiana Beglau et Franz Pätzold, à travers les enfers du début du XXe siècle, à travers une guerre mondiale, les crimes du colonialisme en Afrique et le capitalisme brutal de l'usine. Cette production constitue la découverte d'un roman superficiel seulement amoral du siècle en tant que texte de théâtre.







Célines Roman ist in seinem wütenden Nihilismus und der zerfetzt aggressiven Sprache ein literarischer Schock. Castorfs Inszenierung lässt sich auf diese Schockwirkungen ein, sie ist das Gegenteil der inflationären Romanadaptionen, die Literatur mit ihrem Plot verwechseln. Sein Umgang mit der Romanvorlage ist so assoziativ wie Célines Umgang mit der Wirklichkeit. Die flackernden Bilder der Inszenierung, das Stilmittel der heißlaufenden Hysterie, Castorfs Desinteresse an ordentlicher Erzählökonomie in Aleksandar Denićs verwinkeltem Bühnen-Labyrinth übersetzen Célines Erzählweise in Theater. Célines Satz „Man ergibt sich dem Lärm wie dem Krieg“ scheint Ferdinand Bardamu, so klar und genau wie überhitzt expressiv gespielt von Bibiana Beglau und Franz Pätzold, durch die Höllen des frühen 20. Jahrhunderts, durch Weltkrieg, die Verbrechen des Kolonialismus in Afrika und einen brutalisierten Fabrik-Kapitalismus zu katapultieren: die Entdeckung eines nur an der Oberfläche amoralischen Jahrhundert-Romans für das Theater.

With its furious nihilism and raggedly aggressive language, Céline’s novel is a shock. Castorf’s production takes on these shock effects, it is the antithesis to inflationary stage adaptations of novels which confuse literature with its plots. He deals with the novel just as Céline deals with reality – through associations. The production’s flickering images, the stylistic device of overheating hysteria, Castorf’s lack of interest in any kind of orderly economy of narration – in Aleksandar Denić’s set design of corners and angles, all this translates Céline’s narrative style into theatre. Céline’s sentence “One surrenders oneself to noise as much as to war” seems to catapult Ferdinand Bardamu, played clearly and precisely, yet with overheated expressiveness by Bibiana Beglau and Franz Pätzold, through the hells of the early 20th century, through a world war, the crimes of colonialism in Africa and the brutalizing capitalism of the factory. This production constitutes the discovery of an only superficially amoral novel of the century as a text for the theatre.

Mit englischen Übertiteln
Dauer 4h 30, eine Pause
Premiere 31. Oktober 2013
Publikumsgespräch am 9. Mai im Anschluss an die Vorstellung
Haus der Berliner Festspiele, Bar
mit dem Ensemble und Peter Laudenbach (Jury)
Moderation Christine Wahl



lundi 18 mars 2019

Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), pataphysicien.

Je ne sais pas vous, mais moi je n’aurais jamais associé Céline à la pataphysique… même si je suis sensible à l’humour sous-jacent de beaucoup de ses textes !
Tombé sur une carte postale de P. J. Dunbar* sobrement intitulée Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), pataphysicien – et présentant l'auteur portant la Grande Gidouille blanche du président par intérim perpétuel du conseil suprême du collège de pataphysique… 
Je me suis penché sur cette étrange mise en relation de Louis-Ferdinand Céline avec Alfred Jarry et son Père Ubu.

* Carte postale publiée en série limitée (ici numérotée 202/500)
sous les auspices du Total’s Club traditionnel (!!??!?)  

Céline, Voyage au bout de la nuit :

«La pataphysique, c'est l'Infini mis à la portée des pastiches.»

À ma grande surprise, plusieurs textes mettent en relation les deux mondes.
Ainsi dans Universalis.fr, on peut lire : 
"Ce texte de Valéry constitue en son entier une des plus pertinentes expressions théoriques de la ’pataphysique:
«Que serions-nous donc sans le secours de ce qui n’existe pas? [...] Les mythes sont les âmes de nos actions et de nos amours. Nous ne pouvons agir qu’en nous mouvant vers un fantôme. Nous ne pouvons aimer que ce que nous créons.»
On conçoit mieux maintenant que d’Épicure à Jarry les pataphysiciens (qu’on préfère appeler patacesseurs), sans être légion, ont été de quelque poids puisqu’on peut nommer, en abrégeant, Lucrèce, Lucien de Samosate, Zénon d’Élée, Béroalde de Verville, Rabelais, Cyrano de Bergerac, Cervantès, Swift, Lichtenberg, Marcel Schwob, Lewis Carroll; ou, contemporains de Jarry, Jules Verne et Erik Satie; ou venant après lui, Arthur Cravan, les Pieds Nickelés, Raymond Roussel, Marcel Duchamp, Julien Torma, Louis-Ferdinand Céline, les Marx Brothers, Borges."


Bardamu, héros célinien peint par Gen Paul
Certains notent que dans le calendrier pataphysique d’Alfred Jarry, la Saint-Bardamu est le cinquième jour
du mois d’Absolu.


Très tôt – dans Comœdia du mercredi 5 août 1936 –, Fernand Lot (1902-1986,
auteur d'une plaquette sur Alfred Jarry) imaginait un échange cinglant entre Ubu et Bardamu sur l'inutilité de la littérature…



Dans les Dossiers Acenonetes du Collège
de 'pataphysique
, le 
No 16 du 22 phalle 88, soit le 1er septembre 1961…
ayant pour thème le Centenaire de la découverte du pôle Nord par le capitaine Hatteras… 
offre à son sommaire 
Hommage vernien par les TT.SS. Paul-Émile Victor (dessins), Dubuffet (texte et dessins), Jean Ferry, Raymond Queneau (texte et dessins), Eugène Ionesco. Étude très neuve de Henri Robillot sur l’électricité vernienne... 
Et de Latis sur L.-F. Céline, de F. Laloux sur Un œuf au plat, de Caradec sur la Norme Vian (document inédit de Boris Vian).

C'est la seul évocation de Céline dans cette collection…

Ailleurs, c'est par le truchement du Nihilisme que le rapprochement entre Céline et Jarry se fait.
«La cinquième forme de nihilisme ou façon de réagir à la perte des illusions est de transformer l’annihilation en investissement culturel. Les penseurs, historiens, artistes vont s’emparer de la question du nihilisme et d’aucuns considèrent cette démarche comme une véritable, sinon la plus pure, forme de nihilisme. Ainsi se répand dans l’Europe de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècles un nihilisme culturel. Les écrivains, souvent qualifiés d’antimodernes, sont légion à peindre l’univers nihiliste de leur temps, de Flaubert à Cioran, de Musil à Broch et Kafka, en passant par Jarry, Céline ou Camus, sans oublier, bien sûr, Tourgueniev et Dostoïevski. (La violence nihiliste par Robert C. Colin Dans Topique 2007/2 n° 99) 
C'est ainsi qu'ils apparaissent de concert sur la  couverture de ce Magazine littéraire 279 de juillet-août 1990.



jeudi 14 mars 2019

Louis-Ferdinand Céline, « l'écrivain maudit sort du silence pour raconter Sigmaringen.» Le 22 juin 1957 dans Paris-Match

Le 22 juin 1957, Paris-Match consacre quatre pages 
à Louis-Ferdinand Céline, « l'écrivain maudit» qui, écrit Guillaume Hanoteau*, « sort du silence pour raconter Sigmaringen.»














Guillaume Hanoteau* est né à Paris le 29 avril 1908. 
Avocat au barreau de Paris de novembre 1931 à décembre 1945. Durant la Seconde Guerre mondiale, il fut résistant sous le pseudonyme de "Lombard". Henry Charbonneau, neveu de Joseph Darnand, écrit : « Guillaume Hanoteau roule ses bons gros yeux et trinque gentiment avec les plus compromis de la collaboration, parfois même à la table où le ministre Darnand prend sans façon l'apéritif avec Boubal (le patron du Flore). Dans quelques jours il sera capitaine FFI ! Il n'a pas dû "capitainer" grand-chose ! ». 
En 1945, il est témoin de l'assassinat de l'éditeur Denoël. Deux jours après le crime, Guillaume Hanoteau était jugé par défaut par le conseil de l’Ordre des avocats et radié à l’unanimité.
Guillaume Hanoteau s'oriente alors vers l'écriture et le journalisme. Il rédige pour Marie-Claire une chronique, « Le Paris des Parisiennes » et des articles pour Télé 7 jours et surtout Paris Match, auquel il collabora de 1952 à 1975.
http://www.thyssens.com/04assassinat/temoins/hanoteau.php

vendredi 8 mars 2019

Céline : Au début était l’émotion. Entretien inédit de mars 1955 réalisée par Robert Sadoul pour la Radio Suisse-Romande

Cet entretien — présenté comme inédit dans le Magazine littéraire 280 de septembre 1990 —, a été redécouvert par Gérard Valbert de la Radio Suisse-Romande. Il s'agit d'une interview de mars 1955 réalisée par Robert Sadoul.

C'était la première fois que Céline parlait à la radio ; c'était aussi sa première intervention après son retour du Danemark, elle coïncidait absolument avec la publication d'Entretiens avec le professeur Y. « J’ai compris  illico presto, et d'un ! avant tout ! que «jouer le jeu», c'était passer à la radio… toutes affaires cessantes !… d'aller y bafouiller ! tant pis ! n'importe quoi !… mais d'y faire épeler son nom cent fois ! mille fois !… que vous soyez le "savon grosses bulles"; ou le "rasoir sans lames Gatouillat"… ou "l'écrivain génial Illisy" !… la même sauce ! le même procédé ! et sitôt sorti du micro vous vous faites filmer ! en détail ! filmer votre petite enfance, votre puberté, votre âge mûr, vos moindres avatars…»
Céline y mis à l'épreuve des idées et des formules qu'il peaufinera dans ses entretiens ultérieurs… de l'invention du bouton de col à bascule au style émotif en passant par le crawl qui détrône la brasse… 

La toute première interview radiophonique de CÉLINE qui s'entretient avec Robert Sadoul pour la Radio Suisse-Romande en mars 1955. Un échange qui sera publié en 1990 dans le Magazine Littéraire n°280. Le texte est reproduit intégralement dans les "Cahiers Céline 7, Céline et l'actualité littéraire 1933-1961".
https://www.youtube.com/watch?v=wQOUB8Hnmig