dimanche 21 février 2021

Céline enluminé par Éric Mazet dans Magazine Littéraire 505 de février 2011

Céline enluminé par Éric Mazet

Magazine Littéraire n° 505 février 2011 repris dans Lire Les Collections n°9 en 2021

Amateur de peinture, ami de peintres, l’écrivain souhaite voir, dès ses débuts, ses textes illustrés. De nombreux artistes s’y essaieront avant et après sa mort, dans des cadres très divers.

En 1942, aux côtés de son ami, le peintre Gen Paul, qui illustra Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit: « J’avoue que Gen Paul avec ses cartons me fait grand plaisir.[…] Je m’y retrouve tout immonde et sans dégoût. »

Auprès de ses amis peintres, Céline a toujours proclamé qu’il n’y connaissait rien en peinture. Pourtant, la pianiste Lucienne Delforge se souvenait de ses commentaires pertinents lors d’une exposition d’œuvres flamandes. Modestie devant une autre expression que la sienne ? Certainement pas ignorance. Louis Destouches eut pour témoin à son premier mariage, à Londres, Edouard Benedictus (1878-1930), professeur aux Arts décoratifs. La deuxième femme de l’écrivain, Édith Follet (1899-1990), illustra des œuvres classiques. Elle enrichit aussi, vers 1924, L’Histoire du petit Mouck, conte que Céline avait imaginé pour sa fille, Colette (1). En 1932, auprès de journalistes, Céline cite, parmi ses maîtres en délire, Bosch, Bruegel, Goya et Le Greco. En 1937, dans Bagatelles pour un massacre, il dit son admiration pour trois peintres, Vlaminck, Gen Paul et Henri Mahé. Dès la publication de Voyage au bout de la nuit, Céline demande à Robert Denoël de préparer une édition de luxe avec des illustrations. 

Illustration d’Éliane Bonabel pour La Naissance d’une fée (1936),
l’un des ballets écrits par Céline

Mais le premier illustrateur de Voyage fut, à la demande de Céline, une jeune fille de 12 ans. Fille adoptive d’un vieil ami de Clichy, Éliane Bonabel (1920-2000), que la lecture du roman n’avait pas choquée, réalisait pour son médecin une vingtaine de planches, nalves et réalistes, qui annonçaient un certain talent (2). Par crainte d’un scandale, Denoël refusa ce travail. Éliane Bonabel illustrera plus tard de treize dessins à la plume Ballets sans musique, sans personne, sans rien (3). Mais ses illustrations de Scandale aux abysses et de La Naissance d’une fée, réalisées du vivant de Céline, attendent encore un éditeur.
Céline se tourne alors pour son édition de luxe vers un ami. Henri Mahé (1907-1975), à 20 ans, avait déjà illustré un roman d’André Doderet, grand ami de Giraudoux. Breton maniant l’argot de la Mouff’, lancé comme peintre dans le grand monde, il brossait en 1930 des fresques dans une maison close. 

Molly et Bardamu, dans le Voyage, vus par Henri Mahé en 1933

Alors que le peintre réalise des peintures au cinéma Rex, Céline le pousse à illustrer son roman: «Si tu pouvais faire dans le sinistre, il y a l’édition de luxe du Voyage qui reste à prendre.» Mahé travailla sur une douzaine de planches. Trop sinistres, elles n’eurent pas l’heur de plaire à Denoël qui aurait préféré un artiste célèbre comme Dunoyer de Segonzac. Le travail n’aura pas de suite. En 1949, Céline recommandera encore Mahé auprès d’un mécène, Paul Marteau, comme un « admirable ami et admirable peintre », « français, breton et parisien ». Henri Mahé tirera une lithographie - «New York, ville debout» pour L’Herne en 1963, mais ses illustrations de Voyage sont restées inédites. 

Trésor unique

Deux autres artistes, en 1933, sont fascinés par l’ouvrage, mais leur travail n’a porté que sur un seul exemplaire. Victorin Truchet, de la mouvance «populiste», orne quarante pages au crayon gras sur un alfa de Voyage, pour une amie d’enfance de Louis Destouches (4). Connu pour avoir illustré Les Fleurs du mal, Carlo Farneti (1892-1961) dessine cent-cinq figures en marge dans un exemplaire destiné à René Arnold, patron du docteur Destouches aux laboratoires Cantin. On peut imaginer les collectionneurs jaloux de leur trésor unique. 

« Si tu pouvais faire dans le sinistre, il y a l’édition de luxe du Voyage qui reste à prendre. » Céline au peintre Henri Mahé

C’est dans une publication populaire, chez Ferenczi, en 1934, que paraît une édition illustrée du Voyage, tirée à 40 000 exemplaires. Issu des Arts décoratifs de Paris, Clément Serveau (1886-1972) a choisi la taille douce pour accompagner le texte avec douze bois gravés. S’attachant plus à la symbolique du texte qu’à son génie comique, ses images sont assez statiques, mais d’un bel effet sombre et profond. On ne connaît pas la réaction de Céline, qui rêvait d’une édition de luxe. En 1934, Céline rencontre une des grandes figures de Montmartre. Enfant de la Butte, mutilé de 1914, argotier à la Bruant, Gen Paul s’inspirait du flamenco pour faire vibrer sa peinture. Le projet de faire illustrer Voyage par Gen Paul est annoncé en 1935, mais Denoël ne trouve pas assez de souscripteurs. En 1937, Céline rédige un texte à la louange de son ami pour dire que sa peinture était «fluide et mouvante» - comme une danseuse -, et « non massive ou criarde » comme la peinture moderne. Dans le travail nerveux et rapide de Gen Paul, l’écrivain retrouvait son propre génie lyrique et moqueur, qui caractérisait à ses yeux l’art « celte et français ». En 1942, sur le papier gris des éditions de l’Occupation (mais il y eut des exemplaires sur grand papier), paraissent chez Denoël Voyage au bout de la nuit avec quinze dessins et Mort à crédit avec seize dessins, réalisés à la plume et rehaussés à l’encre de chine. Dans une préface restée longtemps inédite, Céline écrivait: « J’avoue que Gen Paul avec ses cartons me fait grand plaisir. [ ... ] Je m’y retrouve tout immonde et sans dégoût. » Dans les courbes et le staccato du peintre, le lecteur ressent la dynamique de la musique célinienne. 

Projet pour illustrer Voyage au bout de la nuit par Roger Wild

Du vivant de l’auteur, ses deux œuvres maîtresses ne connaîtront pas d’autres illustrations. Une fantaisie, Scandale aux abysses, rédigée en 1943, est proposée à quatre artistes. D’abord Henri Mahé, qui présente une couverture à Denoël, sans succès, puis Éliane Bonabel, qui fournit un travail important, encore inédit. 
Pressenti par Denoël, Roger Wild (1894-1987), « montparno» connu pour ses portraits de célébrités, réalise dix-sept eaux-fortes, mises à la composition en 1944, mais qui restèrent sur le marbre à la libération. On ne connaît que quelques planches de ce travail, décevant pour Céline, qui jugeait les arabesques d’un style trop précieux. Scandale aux abysses ne sera publié qu’en 1950, illustré par son éditeur, Pierre Monnier (1911-2006), sous le nom de Pierre-Marie Renet, aux éditions Frédéric Chambriand. Dessinateur humoristique, Monnier réalise quarante et un dessins à la plume, avec quelques planches en couleurs. Céline apprécia leur fraîcheur naïve et fit envoyer l’ouvrage à tous ses amis. Mais Scandale mit trente ans avant d’être épuisé.

Dubuffet éconduit

De retour en France, repris par Gallimard, Céline espéra voir ses œuvres illustrées de nouveau. Dubuffet (1901-1985) le vénérait, possédait tous ses livres et lui servait de chauffeur. Mais Céline, lui, ne voyait en Dubuffet que « le grand libérateur des opprimés de l’école maternelle ». 


Une toile de Dubuffet, intitulée Mur avec passant, servira pourtant en 1972 de couverture à l’édition en Folio de Voyage
. 

En 1952, Bernard Buffet, tenté d’illustrer Voyage, rend visite au maudit, mais le projet n’a pas de suite. En 1954, Céline avance le nom d’Utrillo à Gallimard pour illustrer Voyage et voit Gus Bofa tout indiqué pour Normance, mais l’éditeur ne juge pas l’opération rentable. Le succès du livre de poche l’emporte dans les projets éditoriaux. Du vivant de l’écrivain, entre 1956 et 1961, Lucien Fontanarosa compose, sans les signer, les couvertures de Voyage, de Mort à crédit et de D’un château l’autre pour l’édition en poche.

Céline mort, et son œuvre redécouverte, des éditions d’art se risquent à le publier dans des collections illustrées, et font appel à de jeunes artistes. Claude Bogratchew (1936), qui avait travaillé sur Poe, est engagé par les éditions Balland pour illustrer cinq volumes publiés entre 1966 et 1969, rassemblant les œuvres complètes de Céline à l’exception des pamphlets. L’artiste composa soixante-dix-neuf illustrations à raison de seize planches par volume, dont la facture expressionniste privilégiait l’aspect sinistre ou délirant de l’œuvre. Entre 1978 et 1980, les éditions des Heures claires reprennent seulement Voyage au bout de la nuit et choisissent Marc Dautry (1930-2008), graveur vivant à Montauban, pour exécuter soixante-trois illustrations, soit vingt et une lithographies en couleurs pour chacun des trois tomes, tirées sur sa propre presse. La facture est réaliste et classique, d’une technique assurée, mais laisse peu de place à l’imagination du lecteur.



La Médecine chez Ford, illustration de Claude Bogratchew 
pour Voyage au bout de la nuit

Raymond Moretti (1931-2005), qui a réalisé les couvertures du Magazine Littéraire après 1977, est engagé par les éditions du Club de l’Honnête Homme pour illustrer en hors-texte et en couleurs les neuf tomes des œuvres complètes publiées entre 1981 et 1983. Chaque tome comporte huit lithographies aux couleurs riches et aux motifs énergiques, pour une publication plus populaire que bibliophilique. Dans une tout autre économie, la librairie Nicaise confia en 1987 au sculpteur Thomas Gosebruch (1951) l’exécution de douze gravures sur cuivre pour illustrer une Version initiale du premier chapitre de Voyage au bout de la nuit - illustrations de qualité qui étaient réservées, par un tirage restreint, aux bibliophiles et aux chercheurs.

Cela fit l’effet d’une bombe en 1988 chez les jeunes céliniens, quand les éditions Futuropolis, associées à Gallimard, annoncèrent que Jacques Tardi (1946), ancien dessinateur au journal Pilote, passionné par la guerre de 1914-1918, allait illustrer Voyage au bout de la nuit (1988), Casse-pipe (1989) et Mort à crédit (1991). Céline allait pénétrer dans les bibliothèques des lycées. La réussite commerciale fut totale. Tardi s’était livré à un travail colossal de documentation et de mise en pages in et hors-texte. Sa maîtrise du noir et blanc, son dessin expressif, son jeu subtil des contrastes et des dégradés, entraînèrent les louanges de toute la critique. D’aucuns lui reprochèrent sa lecture pessimiste et réaliste aux dépens de la drôlerie et du lyrisme, mais Tardi est devenu l’illustrateur «officiel» des rééditions de Céline en livre de poche, et il semble que la réussite de ses illustrations ait depuis découragé de nouveaux éditeurs ou artistes. La relève est à prendre.                                        Éric Mazet

(1) Histoire du petit Mouck, L.-F. Céline, éd. du Rocher, 1997.
(2) Illustrations pour Voyage au bout de la nuit, Eliane Bonabel, éd. de La Pince à linge, 1998.
(3) Ballets sans musique, sans personne, sans rien, L.-F. Céline, éd. Gallimard, 1959.
(4) Une seule illustration a pu être reproduite dans L’Année Céline 1991.

jeudi 11 février 2021

Quand la droite le détestait - L'affaire Céline (Le Charivari n° 2 Août-septembre 1957)

L’affaire Céline 

Fondé le 1er décembre 1832 par Charles Philipon, Le Charivari fut le plus grand des journaux satiriques français. Il disparut en 1937. 

Repris en 1957 par Noël Jacquemart qui en assure la rédaction en chef avec le concours du caricaturiste Pierre Pinatel. Proche de l'extrême droite, anti-gaulliste, poursuivi pour offense au chef de l'État, le journal abrite des plumes de droite comme Paul Dehème et nombre d'autres dont les signatures fleurent bon le pseudo post-épuration. 

Dans ce numéro 2 du Charivari de 1957, c'est Judex qui règle son compte à Louis-Ferdinand Céline… 

« Il ne faut pas que nos Juifs se débinent. Il faut qu'ils paient toute la casse, il faut qu'ils dégustent jusqu'au bout. Il faut qu’ils deviennent otages. » Bagatelles pour un Massacre.                                   M. Louis-Ferdinand CELlNE, dont L'Express a recueilli les propos, sera sans doute convaincu en regardant cette photographie que ses incantations ont porté leurs fruits ?(Soldats allemands contraints par les Alliés, après la guerre, à déterrer les Juifs assassinés dans les chambres à gaz.)

Quand la droite ne l'aimait pas… L’affaire Céline 

 
- Oh! Vous êtes donc tout à fait lâche, Ferdinand! Vous êtes répugnant comme un rat. 
Louis-Ferdinand Céline « Le Voyage au bout de la Nuit » (sic).

Il y a une affaire Céline. Une affaire plutôt mince qui n'intéresse guère - mais là furieusement - que la maffia des gens de lettres. Et aussi, beaucoup plus vaguement, quelques originaux qui n'ont pas encore tout à fait achevé d'oublier qu'il s'est passé des choses aux environs de l'an 40. Mais si limitée dans sa portée et dans ses conséquences que soit cette tempête dans un verre d'eau (bourbeuse), elle vaut bien, après tout, les histoires de serpents de mer par quoi les journalistes s'efforçaient jadis de combler les failles de l'actualité estivale. 

Normance et Féérie pour une autre fois étaient tellement ratés qu'ils décourageaient la discussion

Le fait matériel, c'est la rentrée de Céline. La véritable rentrée. Car Céline était physiquement rentré en France depuis plus d'une demi-douzaine d'années. Et il était déjà rentré dans les lettres avec la publication de Normance et de Féérie pour une autre fois. Mais ça ne comptait pas. Le retour dans la mère patrie s'était fait sans éclat et les deux bouquins sus-cités étaient tellement ratés qu'ils décourageaient la discussion.
Cette fois-ci, c'est beaucoup plus sérieux. Ça fait du bruit, énormément de bruit. D'un château l'autre déplace autant de vent qu'un quelconque «best-seller» de Mademoiselle Sagan. Mieux: ce torrentiel amas d'éructations et de points de suspension crée un scandale («Heureux celui par qui le scandale éclate!»} et déclenche au coin du bois sacré et dans les salles de rédaction une sorte de petite guerre civile de poche, avec des Capulets célinards et des Montaigus anti-Bardamu tout prêts à s'entrelarder de leurs pointes Bic.
Pourquoi? Tout simplement parce que Céline n'emprunte pas pour cette rentrée-là la porte par où il était sorti. Il était sorti, dans un vacarme d'apocalypse, par la porte de Je Suis Partout, hebdo fasciste et collabo. Il rentre par la porte de L'Express, hebdo progressiste et résistant. On serait déconcerté à moins. On l'est bien plus encore lorsqu'on examine le prétexte de cette rentrée, le bouquin de choc qui donne une substance à ce numéro de cirque.

« Enfin on sait tout sur les salauds de Sigmaringen ! »

Dans ses livres de l'immédiate avant-guerre et de l'occupation, Céline submergeait de sa scatologie les bêtes noires de la droite. Aujourd'hui, le Mohican du Bas-Meudon déverse aux pieds des gens du Système les scalps des Vichyssois en déroute. Comme disait avec ravissement un des principaux rédacteurs du Canard Enchaîné : « Enfin on sait tout sur les salauds de Sigmaringen ! » Il va de soi, par contre, que ceux qui ne tiennent pas à priori les réfugiés de Sigmaringen pour des salauds sont choqués. Et choqués, également, les gens qui, bien qu'adversaires de la collaboration, estiment que Céline, embarqué précisément sur la même galère, n'était guère qualifié pour déballer ce linge putride. D'autres enfin qui évoluèrent jadis dans les mêmes eaux politiques que Céline nient tout simplement la forfaiture et le reniement.

« Donc, tous les Juifs en première ligne ! Pas de billevesées, pas d'estouffades !... Aucun privilège admis !... » 
(Louis-Ferdinand CELINE L'École des Cadavres)
Ils n'ont eu, on le voit, pour une part grâce à M. CELINE, aucun privilège!
« Moi, je voudrais bien faire une alliance avec Hitler. Pourquoi pas ? Il a rien dit contré les Bretons, contre les Flamands... Rien du tout... Il a dit seulement sur les Juifs. Il les aime pas les Juifs... Moi non plus ... » (Louis-Ferdinand CELINE - Bagatelles pour un Massacre.)

Ces positions contradictoires s'assortissent chez ceux qui les ont adoptées d'une extrême vivacité de ton. Céline est un phénomène littéraire - et surtout un phénomène humain - qui décourage l'objectivité. Tout de suite, les épithètes s'enflent et s'aiguisent. Au sein du même journal - à Rivarol par exemple - il arrive qu'on soit violemment contre et violemment pour. Si P.-A. Cousteau s'y indigne 
(« M. Céline, écrit-il, rallie le fumier (doré) du Système ») par contre Robert Poulet s'y extasie: « Une extraordinaire hardiesse de pensée et d'expression… des vérités comme aucune oreille française n'en a encore entendues depuis dix ans ... le troisième (bouquin) qui ait chance de défier les siècles. »

« On comprend que Céline ait été collaborateur et qu'il se soit ainsi obstiné. Pour fleurir, il lui faut beaucoup de fumier. » Demain

Partout ailleurs, on parle de Céline avec la même passion. Et comme il serait fastidieux de multiplier les citations des critiques, disons qu'en gros l'opération «rentrée» aboutit à ce résultat déconcertant: Céline n'est pas adopté (ou adopté avec des mines dégoûtées) par les gens dont il sollicite la sympathie. Et il n'est pas récusé non plus (ou très exceptionnelle­ment) par les anciens amis qu'il vient de lâcher tumultueusement.
En l'accueillant sous ses sunlights (quatre grandes pages d'interview et deux pages de «bonnes feuilles»), L'Express ne renonce pas au plaisir d'engueuler l'enfant prodigue (d'habitude, pourtant, dans ces cas-là, on tue le veau gras) et de l'accuser tout à la fois de vénalité et de bassesse morale: « L.-F. Céline a parlé devant nous » pour que Gallimard me donne une avance. « Les réponses - ou plutôt son monologue - éclairent crûment les mécanismes mentaux de ceux qui, à son image, ont choisi de mépriser l'homme. » Un autre journal de gauche, Demain, qui se divertit fort des révélations de D'un château l'autre sur les fuyards de Sigmaringen, conclut ainsi: « On comprend que Céline ait été collaborateur et qu'il se soit ainsi obstiné. Pour fleurir, il lui faut beaucoup de fumier. » 
Et Le Droit de Vivre de M. Bernard Lecache déclare tout net que « cela n'excuse rien, cela ne peut rien faire oublier, ni l'ignominie de l'individu ni le mal énorme qu'il a volontairement commis ».
Dans l'autre camp, par contre, après un bref moment de désarroi, et si l'on excepte quelques intransigeants comme P.-A. Cousteau, on semble s'être fait une raison. Céline lâche. Mais on ne lâche pas Céline. Défense de l'Occident du fasciste Maurice Bardèche couvre de fleurs l'interviewé de L'Express et M. Lucien Rebatet (qui, de toute évidence, devait avoir, ce jour-là, égaré ses lunettes) écrit péremptoirement dans Dimanche Matin : « Dans le monologue de Céline, je cherche le reniement. Je ne le vois pas. » C'est aussi l'avis de M. Robert Poulet: « On n'y découvre pas un atome de reniement. »

Le Voyage au bout de la Nuit, livre volcanique, éructant tout à la fois de fulgurantes beautés et d'insurpassables obscénités

Voyons les choses d'un peu plus près. En nous interdisant de considérer comme tant de critiques distingués que le «génie» soit une excuse absolutoire qui dispense l'individu de toute moralité.
On sait avec quel fracas le Docteur Destouches alias Louis-Ferdinand Céline fit son apparition dans les lettres françaises. Le Voyage au bout de la Nuit, livre volcanique, éructant tout à la fois de fulgurantes beautés et d'insurpassables obscénités, exaltant dans un style sans précédent le désespoir de la condition humaine et la négation de toutes les valeurs «socialement acceptées», fut véritablement,
au début des années 30, une révolution. Les délicats et traditionalistes en furent scandalisés. Assez paradoxalement, c'est Léon Daudet, polémiste de L'Action Française et défenseur de l'ordre moral qui prit à bout de bras cet enfant de l'anarchisme intégral pour l'imposer à l'opinion. Céline n'eut pas le Goncourt, mais du jour au lendemain il fut célèbre, il devint une sorte de pape débraillé (mais pape tout de même) de la littérature moderne, le rénovateur du roman, le pionnier d'une nouvelle «manière» de sentir et de s'exprimer, le créateur d'une certaine «musique». On peut aimer ou ne pas aimer le Voyage. On ne peut pas nier que ce fut un événement formidable. Sinon Céline n'eût pas eu, en France et à l'étranger, tant d'admirateurs, d'imitateurs et de disciples.

Ce sont les écrits postérieurs de Céline qui l'ont arraché à l'invulnérabilité de son chef-d'œuvre

Si Céline s'en était tenu au Voyage, il n'y aurait pas aujourd'hui d'affaire Céline. On ne se demanderait pas quelle sorte d'homme est Céline, s'il est un traître ou un héros, un martyr ou un renégat. L'homme-Céline fût demeuré dans l'ombre du monument littéraire, douillettement inaccessible. Ce sont les écrits postérieurs de Céline qui l'ont arraché à l'invulnérabilité de son chef-d'œuvre, qui en ont fait un personnage public, discuté et discutable, un drapeau et un épouvantail, la proie des enthousiasmes et des rancunes, qui ont, en somme, substitué le citoyen à l'écrivain.
Un citoyen ne se juge pas dans la même optique qu'un écrivain désincarné. Au moins, pas avant que le temps n'en ait décanté les souillures.
Lorsque Céline écrivit en 1938 et en 1939, Bagatelles pour un Massacre et L'École des Cadavres, - lorsqu'il fit paraître, en 1941, Les Beaux Draps, ce n'était plus de la littérature - ou pour être précis, ce n'était plus seulement de la littérature. En s'engageant, Céline cessait de s'appartenir, il devenait, que cela lui plût ou non, la propriété du clan pour lequel il avait opté, il se chargeait de devoirs à l'égard des gens qu'il entraînait dans son sillage et que ses propres écrits engageaient à leur tour. Or ces écrits sont d'une extraordinaire netteté, sans la moindre équivoque, sans la plus petite bavure. Dans Bagatelles pour un Massacre et dans L'École des Cadavres, Céline dénonce les Juifs comme responsables de tous nos maux en général et de la guerre qui menace en particulier. Accessoirement, il préconise un mariage franco-allemand et trace, avant la lettre, leur «devoir» aux futurs collaborateurs.
Voici, par exemple, quel «traitement» il conseille pour les Israélites: « Donc, tous les Juifs en première ligne! pas de billevesées, pas d'estouffades! et pendant toute la durée de la guerre! Aucun privilège admis. Les blessés juifs ne seront jamais évacués de la zone des armées ... Ils crèveront, s'il le faut, dans la zone des armées ... Ils féconderont la zone des armées. Il faut se méfier toujours des Juifs, même quand ils sont morts ... Si l'aventure tourne mal comme c'est en somme assez probable, il ne faut pas que nos Juifs se débinent. Il faut qu'ils paient toute la casse, il faut qu'ils dégustent jusqu'au bout. Il faut qu'ils deviennent otages ...(Bagatelles pour un Massacre). Il faut de la haine aux hommes pour vivre, soit! c'est indispensable, c'est évident, c'est leur nature. Ils n'ont qu'à l'avoir pour les Juifs, cette haine, pas pour les Allemands. Ça serait une haine normale, salvatrice, défensive, providentielle. » (L'École des Cadavres).
Et voici, toujours à titre d'exemple, ce qu'il dit des Allemands: «Je me sens très ami d'Hitler, très ami de tous les Allemands, je trouve que ce sont des frères, qu'ils ont bien raison d'être racistes. Ça me ferait énormément de peine si jamais ils étaient battus ... Moi, je veux qu'on fasse une alliance avec l'Allemagne, et tout de suite, et pas une petite alliance précaire, pour rire, fragile, palliative! quelque pis aller! Pas du tout! Mais non! Mais non! Une vraie alliance, solide, colossale, à chaud (sic) et à sable! A la vie! A la mort! Voilà comme je cause. (L'École des Cadavres). (((citation bricolée avec deux passages distincts, ndlr)))
Des textes semblables on pourrait les multiplier jusqu'à concurrence des 700 pages de Bagatelles et de L'École. Il ne nous appartient pas de dire ici s'ils furent judicieux, insensés ou criminels. Mais seulement qu'ils furent. Et qu'ils sont toujours (bien qu'ils aient disparu comme par enchantement de la liste des ouvrages antérieurs du Maître).

« Il a voulu te faire laver! Quelle horreur, nos pères qui nous valaient bien ne se lavaient jamais, tout le jus, l'originalité des caractères se délavent dans ces bains sans nombre. Conçois-tu La Bruyère se lavant ? Bossuet, Corneille ? Cette hydrothérapie est grande responsable de la fadeur des êtres actuels, navets détrempés. » (Lettre de L.-F. Céline à Albert Paraz, septembre 47 Le Gala des Vaches)

Toute l'affaire Céline est dans ces textes aujourd'hui escamotés mais qui eurent à l'époque de leur parution et au cours des années suivantes une influence décisive sur le comportement de dizaines de milliers d'individus.
Tous ces disciples de Céline ne sont pas morts sur le front de l'Est. Tous n'ont pas été fusillés au lendemain de la Libération. Et tous les Juifs désignés par Céline comme otages promis par lui à l'extermination ne sont pas passés à la chambre à gaz. Les uns et les autres, pour des raisons opposées défaillent de stupeur en voyant Céline assaisonner sa tonitruante rentrée d'affirmations péremptoires que contredisent les plus massives évidences.

Céline se paie-t-il notre tête ?

Pour se faire accepter, de nouveau, par les puissants de ce monde, Céline, en effet, ne se contente pas de dire - ce pourrait être un aveu honorable - qu'il s'est trompé, qu'il a eu tort d'attaquer les Juifs, tort de faire confiance à l'Allemagne de Hitler. Tout le monde peut se tromper. En fait, tout le monde se trompe. Et il y a quelque mérite à l'admettre publiquement. Mais il s'agit bien de cela! Ce que Céline affirme aujourd'hui, c'est qu'il ne s'est JAMAIS trompé, puisqu'il n'a JAMAIS été antisémite, puisqu'il n'a JAMAIS été partisan de la collaboration franco-allemande et que, même, il n'a JAMAIS cessé d'être un farouche résistant.
Devant d'aussi colossales contre-vérités, une question vient tout naturellement à l'esprit: Céline se paie-t-il notre tête? (il écrivait dans Le Voyage : « Quand on a un bon culot, ça suffit, presque tout vous est permis ») ou s'abuse-t-il lui-même en re-writant (comme on dit) son auto-biographie ? Peut-être, après tout, ce mage vaticinant dont le génie relève de la paranoïa a-t-il réussi à se prouver à lui-même qu'effectivement il n'avait jamais été antisémite ni collaborateur. Peut-être, après tout, est-il sincère. Cette «sincérité» là, en tous cas, est bien antérieure aux interviews prodiguées ces dernières semaines aux feuilles les plus diverses (L'Express, Paris-Match, Arts, Artaban, C'est-à-Dire, etc.) avec une maîtrise que pourraient envier les publicitaires de «Dop'! Dop! Dop!» et du «Super Dentifrice Colgate».

Ah! j'étais fait pour m'entendre avec les Youtres ... Vive les Juifs, bon Dieu! 

Déjà à Sigmaringen (après «Sigmaringen vu par Céline» il faudrait un «Céline vu par Sigmaringen)***, le réfugié Céline, plus verdi par l'angoisse qu'une capote feldgrau, expliquait à tout un chacun qu'il était - lui tout seul - innocent, ami de toujours des Juifs, ennemi de toujours du IIIe Reich.
Avant de s'exprimer dans les interviews de la présente canicule, ces thèmes constituent l'essentiel des lettres que Céline adressait en 47 et 48 à son fidèle ami Albert Paraz et que celui-ci imprima bien imprudemment - une sorte de pavé de l'ours - dans le Gala des Vaches.
Rien d'étonnant à ce que Céline déclare aujourd'hui à L'Express : « Moi? Antisémite? Quelle blague! », puisqu'en mars et octoboe 48, il écrivait déjà à Paraz : « Question Juifs, il y a beau temps qu'ils me sont devenus sympathiques ... Ah! j'étais fait pour m'entendre avec les Youtres ... Vive les Juifs, bon Dieu! Certainement, j'irai avec plaisir à Tel-Aviv avec les Juifs, on se comprendrait... Je n'ai jamais désiré la mort du Juif ou des Juifs .. Je n'ai jamais été antisémite (pas assez con) mais pro-français et pro-aryen. Là est ma sottise! Je n'ai jamais fait d'antisémitisme pendant la guerre - je n'ai jamais foutu les pieds à l'ambassade d'Allemagne ni avant ni pendant la guerre,  ni seul ni accompagné de Je suis Partout - j'y étais d'ailleurs détesté.

Céline y affirmait la vocation « germanique » de la France et demandait la fusion pure et simple des deux pays

Il est très possible que Céline n'ait jamais mis les pieds à l'ambassade d'Allemagne. Et il est de fait qu'il conserva dans son activité de collaborateur une certaine prudence qui ne cessa de s'accentuer à mesure que la victoire changeait de camp. Il jugea inutile notamment de donner une suite aux Beaux Draps publiés à l'époque faste de l'occupation.
Et s'il sollicitait d'être imprimé par les journaux, c'était sous forme de «lettres» et non d'«articles». Comme si une lettre était moins compromettante qu'un article! Ces «lettres» il les envoyait de préférence au Pilori, plus souvent qu'à Je suis Partout qu'il estimait alors insuffisamment antijuif et insuffisamment pro-allemand. Une de ces lettres néanmoins ne fut jamais publiée. Reprenant les thèmes de L'École des Cadavres, Céline y affirmait la vocation « germanique » de la France et demandait la fusion pure et simple des deux pays. C'était bien plus que les collaborateurs ultras de Je suis Partout n'en pouvaient accepter. Il est amusant de lire aujourd'hui dans Paris-Match sous la signature de M. Guillaume Hanoteau qu'aucune ligne de Céline n'a paru dans le Je suis Partout de l'occupation. C'est si fatigant, n'est-ce pas, d'aller consulter les collections de la Bibliothèque Natio­nale ...
Quoiqu'il en soit, de même qu'il a réussi à se post-fabriquer un philosémitisme «de toujours», Céline tient énormément à n'avoir «jamais» collaboré. À l'appui de cette thèse hardie, il brandit les noms illustres des gens qui avaient juré sa perte. À L'Express il déclare froidement: « Hitler m'avait en exécration ... s'il avait vécu il m'aurait fusillé certainement ». Ah! mais! Quelques années plus tôt, il crivait à Albert Paraz: « Les groupes terroristes du parti Doriot avaient résolu de m'abattre ... Quant à Laval, quant à Pétain, j'étais leur bête noire, ils ne songeaient qu'à me faire enfermer. » (Gala des Vaches p. 238.)

C'est assez rigolo de voir 1142 condamnés à mort français 
dans un petit bourg

Étrange, bien sûr, que cet implacable ennemi d'Hitler ait choisi l'Allemagne de Hitler comme terre d'asile en 44 (il y était même arrivé, ce qu'on omet toujours de dire, plusieurs semaines avant le gros des réfugiés). Etrange également que dans toute l'Allemagne, il ait choisi d'habiter là précisément où étaient ses deux autres ennemis Pétain et Laval. Etrange enfin que lorsque la débâcle définitive du IIIe Reich fut proche, Céline (traqué par la Gestapo!) fut le seul de toute la colonie française de Sigmaringen à obtenir des papiers réguliers pour se rendre à l'étranger, nommément au Danemark, faveur qui fut refusée aux 1 142 autres réfugiés (ces réfugiés dont Céline dit à L'Express : « C'est assez rigolo de voir 1142 condamnés à mort français dans un petit bourg. » D'autant plus «rigolo» que ces pauvres bougres-là n'avaient pas, eux, les visas de Himmler pour échapper au poteau).
Mais ne nous arrêtons pas à ces étrangetés. Un bonhomme que le Fuhrer voulait cribler de balles, que Laval et Pétain ne songeaient qu'à boucler (ils ne songeaient naturellement qu'à ça) et que les tueurs du P.P.F. brûlaient de refroidir, ne peut être qu'un résistant. Mieux: un héros de la résistance.
Et par conséquent, puisque Céline est un héros de la résistance, les menus ennuis que lui valurent son activité (supposée) de collabo et d'anti-juif deviennent une iniquité sans nom. Que d'autres - des lecteurs de Bagatelles, par exemple - aient été fusillés ou envoyés aux travaux forcés, c'est normal puisqu'ils avaient été antisémites et collaborateurs. Mais que Céline – Céline l'innocent, Céline le résistant – ait subi quelques mois d'internement au Danemark et quelques années d'exil conjugal puisqu'il avait été condamné à un an de prison par contumace, c'est le plus affreux attentat à l'équité que l'on ait vu depuis que le monde est monde. Ecoutons le martyr: « On m'a fait tout le mal possible ... Il est vraiment impossible d'être plus malheureux que nous le fûmes (Lettres à Paraz). J'ai souffert comme personne » (L'Express), etc., etc...

Imposture, donc, cette pauvreté. 
Comme les fantastiques souffrances de l'exil

Ce thème du malheur insensé, inouï, sans équivalence possible, revient comme un leitmotiv dans toutes les interviews octroyées sous le chapiteau du Gallimard Circus. Et aussi le thème de la pauvreté. De même qu'il est le plus persécuté des hommes, il est aussi le plus désargenté, le plus miséreux des hommes, le plus exploité par un odieux éditeur qu'il n'appelle jamais que « ce salaud de Gaston ». C'est pour obtenir une petite avance du « salaud de Gaston» qu'il a accepté de recevoir les rédacteurs de L'Express et il s'est hâté de leur dire que si L'Express consentait à lui servir une rente, il ferait n'importe quoi. Il l'a dit aussi à Artaban. 

Et à Arts également. Mais là il est tombé sur un bec. Le rédacteur de Arts était au courant. Il savait que le «salaud de Gaston» lui avait déjà avancé pas mal de millions (une vingtaine affirme-t-on) et lui faisait déjà une rente. Ce qui amène P.-A. Cousteau à remarquer dans Les Lectures Françaises : « Ce n'est plus du commerce, c'est de la carambouille. »
Imposture, donc, cette pauvreté. Comme les fantastiques souffrances de l'exil. Comme les diverses poses plastiques prises successivement par Céline sur les estrades politiques. Du théâtre, du cinéma, du vent, du bidon.
Reste le génie. Ça n'est pas rien. Dans un siècle ou deux, si vraiment génie il y a, ce sera tout. Le temps aura rongé toutes ces bassesses.
Mais pour l'heure, le génie (présumé) n'empêche pas de voir l'homme 
et de le toiser. L'homme est laid.                                                                JUDEX

*** En voici une esquisse par Lucien Rebatet dans Dimanche Matin: 
«Je me souviens - c'est mémorable! - de l'arrivée de Céline à Sigmaringen en octobre 1944 ; Céline avec ses deux ou trois canadiennes de clochard superposées, ses moufles datant de la Bérézina, son chat Bébert en bandoulière, dans une espèce de musette, sa deffe crasseuse de soutier, ses premiers mots sur la capilotade qui nous était promise, sur les égouts infiniment brenneux où nous plongions. Les militants en étaient hagards: « C'est ça, Céline ? Le génie ? Le plus grand écrivain du fascisme ? »

PS : Les intertitres ont été rajoutés par la rédaction de ce blog

mardi 10 mars 2020

Préface à Bezons à travers les âges par Louis-Ferdinand Céline (1944)

L'édition du livre d'Albert Sérouille, vue par Denoël

Le 15 février 1944 : Mise en vente de Bezons à travers les âges. 
Denoël l'a tiré à 3000 exemplaires. C'était le tirage initial de Voyage au bout de la nuit.
L'éditeur [cf. sa lettre du 14 mars] a accepté cet ouvrage consciencieux pour faire plaisir à Céline mais rien ne lui était plus étranger que le régionalisme. Pour la circonstance, il a créé une nouvelle collection : « A la ronde du grand Paris », qui n'aura pas d'autre titre. Et Bezons sera soldé trois ans plus tard.
Céline écrit pourtant : « Denoël à force de faire le Mage d'une province l'autre, de faire incarner celle-ci... celle-là... se sentait plus !... 'Bravo ! Tabou ! Tout j'ose !...' mais minuit Place des Invalides le truc a rompu ! un nuage, la Lune !... envolés les charmes !... Denoël ce qui l'a fini, ce qui l'a achevé de faire le con, c'est sa collection des 'Provinces', les envoûtés folklorisques, les incarneurs en transe de lieux !... chiadeurs en concours : Moi ! Moi ! Moi ! moi les Cornouailles... moi le Léon !... moi les Charentes !... épileptiques d'incarnation ! [...] 'Vous êtes retenu pour le Concours !... oh, que vous incarnez le Cameroun !...' par ici bananes !... les dattes, ananas ! tout l'Empire y arrivait à table !... sur sa table !... je vous dis : rien manquait !... on peut dire que le pauvre Denoël avait vraiment bien mis au point la question d'approvisionnement... » [D'un Château l'autre, Bibliothèque de la Pléiade, p. 126].
Mis à part un livre paru en 1936 [Ce Coin de ma Provence par Jeanne Jaubert], on chercherait en vain dans le catalogue de l'éditeur un ouvrage qui réponde à cette définition. Tout au plus pourrait-on citer l'ouvrage d'Adrien Printz : Chronique lorraine 1940-1944, qui est une chronique de la vie en Moselle « sous la botte », mais il s'agit d'un livre sur l'Occupation, comme il s'en est publié des dizaines après la Libération, plutôt que d'un ouvrage régionaliste. Et il a été édité en 1945, c'est-à-dire sous l'administration provisoire de Maximilien Vox.
Sollicité en 1944 par Céline pour éditer une Histoire de Clichy rédigée par le même Serouille, Denoël se récusera. En 1949 encore, Céline tentera de la faire publier : «Mon cher et bien vieux collaborateur, Albert Serouille, est en train de crever dans une dèche extrême, à Bezons. Il avait, sur mon inspiration ! entrepris et mené à bien une histoire de Clichy-la-Garenne (elle est achevée), la faire éditer où ? tout le problème ! Il faudrait reprendre l'histoire de Bezons qui a encore un petit courant permanent d'acheteurs et éditer en même temps Clichy [...] Je ne sais pas si Frémanger... Il a l'air bien embrouillé, surpassé par ses malheureux ouvrages ! Enfin s'il désire ! mais ce sont là des livres de peu, de très peu de rapport, de folklore banlieusard.» [lettre à Pierre Monnier, 2 mars 1949].



Préface à Bezons à travers les âges d'Albert Sérouille 
par Louis-Ferdinand Céline (1944)

Pauvre banlieue parisienne, paillasson devant la ville où chacun s’essuie les pieds, crache un bon coup, passe, qui songe à elle? Personne. Abrutie d’usines, gavée d’épandages, dépecée, en loques, ce n’est plus qu’une terre sans âme, un camp de travail maudit, où le sourire est inutile, la peine perdue, terne la souffrance, Paris «le cœur de la France », quelle chanson! quelle publicité! La banlieue tout autour qui crève! Calvaire à plat permanent, de faim, de travail, et sous bombes, qui s’en soucie? Personne, bien sûr.
Elle est vilaine et voilà tout. Les dernières années n’ont pas arrangé les choses. On s’en doute. Banlieue de hargne toujours vaguement mijotante d’une espèce de révolution que personne ne pousse ni n’achève, malade à mourir toujours et ne mourant pas. Il fallait une plume ardente, le don de vaillance et d’émoi, le talent de haute chronique pour ranimer ces pauvres sites, leurs fantômes, leurs joies évadées, leurs grandeurs, leurs marbres, leurs souffles à méchante haleine.
La banlieue souffre et pas qu’un peu, expie sans foi le crime de rien. Jamais temps ne furent plus vides. Beau poète celui qui s’enchante de Bretagne! de Corse! d’Angoumois! d’Hespérides! La belle affaire! Chanter Bezons, voici l’épreuve! Voici le génie généreux. Attraper le plus rebutant, le plus méprisé, le plus rêche et nous le rendre aimable, attachant, grandiose!
M. Serouille joue ce miracle, il nous fait palpiter Bezons, mieux que poète, sans travestir, sans redonder, tout en probe historique passion. Il nous rend le rythme et la vie, il gagne. Et la vérité! Un exemple ! L’ Alsace-Lorraine ! Que de discours ! Que d’encre ! Que de sang! de défilés! Un Français sur cent mille sait-il que nous devons l’Alsace-Lorraine au Maréchal Marquis* de Bezons? La France est mufle. En passant. Mille autres traits merveilleux au cours de ce livre à Bezons! Gloire à son auteur! Au moment où tout nous guette, où la mort nous tient de mille parts, de faim, de bombes, de lassitude, de haines, le livre de M. Serouille nous vient en divin délassement, il nous donne la clef des champs, la clef des songes si j’ose dire, il nous permet d’imaginer d’avoir encore une Patrie, chez les morts, non une Patrie de formules, quelque drapeau de bazar, raccroc de battage, mais une terre pour nos chagrins moins froide que les autres, sur deux kilomètres carrés. Peut-on choisir son Katyn? L’ambition est peut-être immense…

Dispensaire municipal de Bezons
Vive donc la mort à Bezons! Je l’y connais un petit peu. M. Serouille nous l’ornemente. Vive Montjoye et Saint-Denis! Pas bien loin! Vive Courbevoie! ma naissance! Toute ma patrie, hélas! est là déjà sous terre! Je m’intéresse forcément. Un dernier coup d’œil. Pour être bien en un endroit il faut connaître les fantômes. M. Serouille sait tout cela, il nous guide, il est à son aise dans le Temps, il nous habitue, si j’ose
dire. Tout ira bien. L’Histoire est le seuil de la quatrième dimension. Celle de demain. Je voudrais bien que l’on m’enfouisse avec «l’Histoire de Bezons» ; je voudrais bien savoir là-bas ce qu’on pense de M. Serouille? tout le bien du monde, je suis sûr. Quels scrupules! Quelle délicatesse! Tout son ouvrage est d’un poète, malgré tout, bien qu’il s’en défende, le souci, le départ, l’envol, mille traits touchants et d’infini. Non ce n’est point œuvre banale.
BEZONS dans le dictionnaire? Deux lignes et maussades… Quelle vilenie! Quelle saleté! Mais toute l’Histoire de la France passe par Bezons! Précisément! Au plus juste sur le pont de Bezons. Les années de la France sont-elles d’abondance, de prospérité, de bonheur? La Foire de Bezons bat son plein! On chasse à Maisons-Laffitte, les troupes paradent vers Carrières, ce sont cortèges en éclats, joies et bombances, sur les deux rives tout va bien! Les années sont-elles funestes? Les malheurs fondent-ils sur la France? Les avant-gardes du désastre campent à Bezons… Le pont saute !… C’est le grand signe!… Allez le voir… On le répare à peine… Il faudrait à Bezons presque un pont amovible… Dix fois au cours de l’Histoire il saute, ressaute, tantôt en barques, tantôt en chêne, tantôt en pierres, toujours il s’envole!… à tous les coups!… et le fer donc!… Le pont de Bezons ne tient pas… Vérité des siècles… J’étais là sur ce parapet en juin 40 ! Quel badaboum ! Salpêtre! fumées! Poussières d’Histoire !… Quel dénouement! Vingt siècles à l’eau!… L’eau de Bezons! Tous ont passé là… sous le pont… sur le pont… Ô gué!… Goths… Normands… Romains… Anglais… Britons… Cosaques… et la suite!… Conquérants de tout… Demain qui?… Tout est promis ** !… Marquis Maréchal de Bezons, que défendez-vous aux lieux sombres? Vaincrai-je sous votre pavillon moi qui tout perdis *** en plein jour? Admirer le portrait d’acier **** !… J’ai porté moi aussi cuirasse… Ceci nous rapproche!… Quels souvenirs!… France si nous faisions nos comptes !… Plus lourd de blessures que de corps ils n’emporteront pas grand-chose ceux qui me guignent… J’y songe !… Un tas d’embêtements et d’os!… comme ils vont se sentir volés! Comme ils vont encore me maudire!… Sacrés pignoufs *****…
Le Marquis au soleil des morts passant la revue nous aurions du monde!… Vous irez voir son château… Il existe encore (pour combien de mois, de semaines ****** ?…). Napoléon est annoncé, il passe en calèche… et Madame… au pont de Bezons comme les autres… les notables s’avancent… saluent… les Cent Gardes!… Bien avant lui Henri IV… Ainsi tout le cours du temps… à la remonte des drames en drames… joies si frêles entremêlées… La trame de l ’Histoire est atroce!… M. Serouille nous le fait voir, même sur ces quelques ares carrés!… Quelle richesse de tragédie! Que d’eau passée sous les ponts !… Et puis une chanson de Fête !… Jolie surprise !… M. Serouille nous l’apporte… toute guillerette encore… et puis un écho de la mode des là-bas toutes premières années… tout à l’aurore de notre nom… La France aux limbes… Mérovée sans doute… une fibule… M. Serouille nous la présente… Quel bijou!… nous l’avons en main… broche
de dame… il retenait sur une épaule un voile gracieux à la romaine… tulle au vent… jolie mode « des années Cent» entre Carrières et Argenteuil!… Toutes les modes finissent au cercueil… Celui-ci fut découvert intact au lieu-dit « Les Mines d’or» sous Bezons vers 1912.
Française des premières années, Madame, nous voici revenus vers vous après quel effrayant parcours!…
Vingt siècles à tâtons, quelle fatigue!… Ah ! Madame, quelle aventure! C’est fmi partout, nous dit-on… Tant mieux, mon Dieu! Est-ce bien sûr? Mille ans… mille ans… sont vite passés aux heures du monde! Encore mille autres… un autre M. Serouille, Chinois sans doute en ce temps-là nous trouvera ensevelis pas loin l’un de l’autre… nous fourrera-t-il dans le même sac ?… C’est probable! Ô le destin merveilleux « d’infinir» marié sans façon avec la dame à la fibule!… Je suis né tout près d’ici à Courbevoie, l’autre coude… Six mille ans de mieux tout s’arrange !… On se retrouve et tout est dit!… L’aventure française !… Ah! nous vivons des temps moroses. Nos lendemains sont impossibles… Traqués, suppliciés, maudits, dans le passé tout notre cœur! Soyons jaloux de nos poussières ! M. Serouille nous les présente dans un chatoiement admirable !… Point d’avenir sans deux mille ans! Vous ne serez quittes pour autant!… Vous en réchapperez peut-être… Que la tradition se renoue des jours heureux!… Que la fête renaisse aux deux rives!
Les Romains admiraient déjà le découvert de la vallée ! Là-haut vers le ciel d’Argenteuil à la perspective du fleuve… Les grands lieux ont un fier espace qui porte aux nues. Vous admirerez je suis sûr. Et tout autour du pont les mouettes gracieuses en leur séjour d’hiver, flocons palpitants d’infinis, baisers du large à nos malheurs, miettes au Vent qui tout emporte !… Ô je lyrise !… Ô l’aventure ! Le livre, voyez-vous, peut griser! vous trouverez cela vous-même! Le tour de cette richesse drue… si peu de pages!… Il faut le lire donc à courts traits… prudemment… comme on pénètre à petits pas dans une serre bien trop chaude… où bien trop d’arômes tiennent l’air ******* ! trop de parfums!… où tout imprègne! Ô dangereux M. Serouille !

*. Dans son manuscrit Céline avait gratifié le marquis de Bezons du titre de duc. Dans sa correspondance à Marie Canavaggia en date du 31 août 1943, Céline demande à sa fidèle secrétaire de rectifier dans tout le texte: «Bien entendu il y a plusieurs Ducs dans le texte à dégommer marquis!»
**. Dans sa version manuscrite, Céline avait écrit: «Demain qui ?… Tout est promis !… Si le concierge de la France tenait sa loge Pont de Bezons il saurait tout ce qui se passe, d’un siècle à l’autre, à peu de choses… Marquis Maréchal de Bezons, que défendez-vous aux lieux sombres? » Une partie de ce paragraphe a été retranchée.
***. Dans sa version manuscrite, Céline avait écrit «perdit ».
****. Dans sa version manuscrite, Céline avait écrit « admirez le portrait du duc ».
*****. Dans sa version manuscrite, Céline avait écrit «piniouf».
******. Une fois de plus on pourra apprécier le caractère prophétique des écrits de Céline, le château de Bezons a été démoli en 1952.

*******. Dans sa version manuscrite, Céline avait écrit: « Où trop d’arômes tiennent l’air. »

Source : Céline à Bezons de David Alliot et Daniel Renard. Éditions du Rocher mars 2008


mardi 21 janvier 2020

Louis-Ferdinand CÉLINE au travail avec sa secrétaire (1960)

Enregistrement inédit de Céline qui dicte à sa secrétaire Marie Canavaggia un extrait de "Nord". Un enregistrement réalisé à Meudon par Renée Canavaggia, la soeur de Marie. Ce passage correspond aux pages 237-238 de l'édition originale de 1960 parue chez Gallimard. Il s'agit du seul enregistrement connu de Céline lisant l'un de ses textes. (Le Petit célinien)

mardi 24 décembre 2019

Le ténor Pitaluga pour Noël du passage des Bérésinas


Dans Mort à crédit, le ténor Pitaluga a la part belle… 
Mais, comme d’habitude, Céline se joue des noms et des fonctions ! 


Si Miss Helyett a bien été donné en continu aux Bouffes-Parisiens* pour plus de 400 représentations (et non pas au Grenier Mondain), le ténor (qui n'était que baryton) s’appelait Albert-Alexandre Piccaluga** et jouait le rôle de Paul Landrin… 

* Miss Helyett, opérette en 3 actes de Maxime Boucheron et Edmond Audran créée et représentée pour la première fois le 12 novembre 1890 aux Bouffes-Parisiens. Sa dernière reprise parisienne date de 1921 (Trianon-Lyrique)

Piccaluga, Gallois and Tauffenberger, en 1896.
** Piccaluga Albert-Alexandre dit Albert. — Baryton (Paris, 17 octobre 1854 – 1925) artiste attaché aux Bouffes-parisiens

«Au Passage des Bérésinas, dans les étalages, partout, y avait des nombreux changements depuis que j’étais parti... On se donnait au « Modern Style », aux couleurs lilas et orange... C’était justement la grande mode, les volubilis, les iris... Ça grimpait le long des vitrines... en moulure, en bois ciselé... Il s’est ouvert deux parfumeries et un marchand de gramophones... Toujours les mêmes photographies à la porte de notre théâtre le « Grenier Mondain »... les mêmes affiches dans les coulisses. Ils jouaient toujours la Miss Helyett avec toujours le même ténor : Pitaluga... C’était une voix enchanteresse, il renouvelait son triomphe chaque dimanche à l’Élévation ! à Notre-Dame-des-Victoires pour toutes ses admiratrices... On en parlait pendant douze mois dans toutes les boutiques du Passage du « Minuit Chrétien » qu’il poussait à Saint-Eustache, ce Pitaluga pour Noël !... Chaque année encore plus pâmant, mieux filoché, plus surnaturel...» (Mort à crédit)

Si la voix "surnaturelle" de Piccaluga vous intéresse, retrouvez-la ici… 
À vous de juger !
Mon Cœur de Collin, chanté par Albert Piccaluga en 1904, avec piano.
Disque Pathé 90 tours 21cm 1095 matrice 28144.

Quand Henri Mondor présentait Céline sur un disque Vinyle



Louis-Ferdinand Céline par Arletty et Michel Simon, 
Disque Vinyle 33 T Pacific LDP F 199-Art de 1957 (réédition du pressage de 1956 par Urania réalisé par François Gardet (alias Paul Chambrillon)

Disque Vinyle 33 T Pacific LDP F 199-Art de 1957
Réédition LVLX 242 - France de 1968 avec en couverture un moulage du visage de Céline par Gen Paul

Réédition LVLX 242 - France de 1968
FACE A - 1 - Règlement chanté par L.-F. Céline
FACE A - 2 - Voyage au bout de la nuit dit par Michel Simon
FACE B - 1 - Mort à crédit (le certificat d'études + le départ pour l'Angleterre) dit par Arletty
FACE B - 2 - À nœud coulant, chanté par L.-F. Céline

Présentation du professeur Henri Mondor (verso des disques)

Henri Mondor
Céline 
À vingt ans, en 1914, Céline avait été assez blessé, au crâne et au bras, pour être jugé définitivement amputé de soixante quinze pour cent de ses forces vives. Avec son reste, comme il dirait, il se fit médecin. Mérite plus rare, il ne songea qu'à soigner des indigents.
Après bien des années de mâle méditation et lancinements cicatriciels, il donna deux extraordinaires chefs-d'œuvre : Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit.
Sur la sottise et la cruauté des humains, sur l'absurdité, l'obscénité, l'hypocrisie ambiantes, sa mémoire infaillible, son génie d'évocation, ses ressources verbales torrentielles, son courage de vérité, son irrésistible verdeur comique, son art enfin firent merveille et firent école.
Céline n'a pas été qu'un moment de l'histoire de la littérature, il en a élargi les domaines. C'est que derrière ses menaces prophétiques et ses bilaires farouches, se laisse deviner une pitié infinie et se fait admirer, comme giroflées sur tertres sombres, le lyrisme des couleurs.
Vint une autre guerre ! L'on peut croire que la fêlure due à la première s'en trouvait brusquement agrandie ou avivée… Mais le grand mutilé a payé cher les exaspérations, les divagations de sa colère. Après l'épreuve terrible de l'exil, que restait-il des centièmes résiduels de ses forces ? Le talent de livres récents où la puissance et la virtuosité n'ont plus leurs aises et se veulent apaisées.
Sous les signes de la haute triade primitive, fatalité, poésie, magie, Céline n'est plus dans un coin caché, la haine veillant aux portes, que l'auteur maudit par excellence.
Cependant, en un journal qui ne peut passer ni pour l'aimer ni pour l'absoudre n'a-t-on pas écrit ces jours-ci : «Parler du roman contemporain sans citer Céline, c'est évoquer le Romantisme en écartant Victor Hugo ! »

Henri Mondor, 
médecin français, chirurgien et historien de la littérature (20 mai 1885 - 6 avril 1962).
Engagé volontaire en 1914 comme infirmier de 2e classe. Il est à Verdun, en Italie et sur le front de Champagne. Docteur en 1915, il termine la guerre comme médecin aide-major.
Il est l'auteur mondialement connu de Diagnostics urgents de l'abdomen (1928), constamment réédité pendant un demi-siècle. Il était depuis 1946 membre de l'Académie française (fauteuil 38). Il a écrit de nombreuses biographies (Mallarmé, Valéry, Gide…). Il était président de la société des Amis de Marcel Proust. En 1960, il écrit la notice biographique des œuvres complètes de Céline dans la Pléiade. Romancée, elle reprend parfois mot pour mot les éléments dictés par l'écrivain au cours de leurs échanges épistolaires… (Louis-Ferdinand Céline, Lettres à Henri Mondor, Gallimard, 2013)