Un médiocre “alamanièredeux” de Pierre Bénard, rédacteur en chef.
(Canard enchaîné du 14 mars 1945)
Nous recevons de Sigmaringen la lettre suivante émanant de Louis-Ferdinand Céline qui, comme notre estimé confrère Le Monde l'a annoncé, vient d'être désigné pour veiller, en l'absence du docteur Ménétrel, sur la santé du Maréchal :
Depuis que cette petite fiole de Ménétrel s'est fait encrister, je lui passe la sonde à la vieille cloche. Tu parles d'une partie de plaisir. J'en jouis. Et le jour où il lui faudra des suppositoires, je lui mettrai dans le cul le nez de de Brinon.
Tu palles d'une bande avec laquelle je suis ! On a dû les chasser du casino de Baden parce qu'il y avait parmi eux trop de faux jetons.
Tu me demandes pourquoi j'ai êté avec eux. Parce que j'aime la merde, petite tête.
Et je suis bien servi. J'ai pas à me plaindre, sauf de ce demi-étron de Déat. Mais lui, il a dû étre fait par un constipé.
Pour ce qui est d'avoir des copains, ce frangin·là, il en a maintenant et avec ça, il n'est pas fauché.
Seulement, vois-tu, je croyais, qu'avec ce que t'appelles la Libération, un air nouveau, un air pur soufflerait sur la France.
Or moi, l'air pur, je ne peux pas le piffer.
Il faut que ça pue pour que je respire bien.
J'ai eu tord de me frapper pour ça. Ce n'était qu'un moment, un tout petit moment à passer.
Car ça recommence à puer en France Je le sens d'ici.
Tous les pourris rentrent peu à peu. Les leviers de commande, comme ils disent, qu'ils occupent déjà, pauvre vielle noix.
Les curetons des démocraties populaires peuvent toujours les tremper dans leurs bénitiers. Ça ne peut pas suffire à les décrasser. Surtout qu'on a drôlement l'air de manquer de désinfectant.
C'est pourquoi, t'en fais pas pour moi. Je vais revenir. Avec mon vieux schnock en uniforme, avec cette vielle Pétain.
On le recevra avec respect et enthousiasme. Et les gâteux de l'Académie lui présenteront leurs cure-dents pour va-de-la-gueule.
De plaisir j'en pète déjà en pensant à ce spectacle. L'apaisement, la charité, qu'ils répètent, tes baveux de sacristie.
Ils reviendront tous, mon pote, et même cet enfoiré d'Abel Bonnard qui est bien le caïd du double jeu parce qu'on ne sait jamais par devant ce qu'il fait par derrière.
Et toi et tes copains, vous les avalerez tous puisque vous n'avez plus la force de les dégueuler, les Frossard, les Bonnet, les Chautemps, les Malvy.
Dans le dos que vous l'avez, mes pauvres collons.
Et vous coucherez, une fois de plus, dans mes beaux draps.
Ceux qu'on ne lave jamais.
Louis-Ferdinand CÉLINE
Nous laissons à M. Louis-Ferdinand Céline toute la responsabilité d'une opinion qui manque évidemment de mesure. Pierre BÉNARD
« Dans cette lettre fictive, prétendument écrite par Louis-Ferdinand Céline et publiée dans Le Canard Enchaîné le 14 mars 1945, Pierre Bénard déploie une satire virulente et provocatrice sur la situation politique en France après la Libération. La lettre, pleine d’ironie et de vulgarité, attribue à Céline des opinions et des attitudes extrêmes pour critiquer la réintégration de collaborateurs et l’hypocrisie de certains milieux politiques et intellectuels.
La lettre se situe à Sigmaringen, où certains membres du gouvernement de Vichy et leurs partisans, dont le Maréchal Pétain, s'étaient réfugiés. Le ton est provocateur et vulgaire, accentuant le caractère outrancier et satirique du texte.
Céline, dans cette lettre fictive, se moque de sa propre situation en se désignant comme le médecin de Pétain, qu'il dénigre grossièrement. Il décrit un entourage de collaborateurs comme une bande de tricheurs et de faux jetons, soulignant l'hypocrisie et la corruption de ceux qui ont servi le régime de Vichy. La lettre rejette la réhabilitation des collaborateurs, dépeignant un retour à la vie publique de figures comme Déat et Brinon de manière méprisante. Céline fictif affirme préférer la "merde" et la corruption à l'air pur et renouvelé que la Libération était censée apporter. Le texte exprime un pessimisme profond sur la caacité de la France à se purifier de ses anciens collaborateurs et corrompus. Céline fictif se réjouit de la persistance de la pourriture et prédit que les anciens collaborateurs retrouveront leurs positions de pouvoir.
Il attaque également les nouvelles autorités et intellectuels, les accusant de manquer de force pour réellement purger la société des éléments corrompus. Les démocrates populaires et les membres de l'Académie sont tournés en ridicule pour leur incapacité à véritablement nettoyer la société. L'image de Pétain revenant en France, accueilli avec respect et enthousiasme, est utilisée pour souligner l'absurdité et la trahison de ce retour. L'ironie se poursuit avec la description de la charité chrétienne et l'apaisement, présentés comme des hypocrisies masquant le retour des pourris.
Pierre Bénard utilise la figure de Céline et son style provocateur pour dénoncer ce qu'il perçoit comme la continuité de la corruption et de la trahison dans la société française post-libération. La lettre est un cri de colère contre l'oubli et la réintégration des collaborateurs, accusant les nouvelles autorités de ne pas avoir la force nécessaire pour une véritable épuration. Cette lettre fictive est une œuvre de satire politique visant à critiquer la société française de l'après-guerre et ses contradictions. Elle utilise la figure controversée de Céline pour exprimer une révolte contre l'hypocrisie et la corruption persistantes, offrant une vision sombre et cynique de la situation en France en 1945.
(Source : site du Canard enchaîné)

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